Un thriller sous haute tension

Pour son rôle d’Agent secret, Wagner Moura a obtenu le prix d’Interprétation masculine au dernier festival de Cannes / Photo : CinemaScópio - MK Production

Avec L’Agent Secret,  Prix de la Mise en scène à Cannes, le réalisateur brésilien Kleber Mendonça Filho signe un film d’espionnage politique sous haute tension qui n’a rien à voir avec un James Bond, même le plus Royal… C’est à découvrir dans les salles de cinéma mercredi 17 décembre.

Présenter un film au festival de Cannes devient une habitude pour Kleber Mendonça Filho. Après Aquarius en 2016, Bacurau en 2019, Chambre 999 en 2023,  le réalisateur brésilien se retrouvait en 2025 en compétition avec L’Agent secret. Et il n’a pas fait le déplacement pour rien puisque son thriller politique lui a valu le Prix de la Mise en scène, le Prix de la critique internationale et le Prix des Cinémas art et essai tandis que le Prix d’Interprétation masculine revenait à son acteur principal, l’excellent, discret et charismatique Wagner Moura. Beau palmarès !

Suite à son documentaire Portraits fantômes (2023), Kleber Mendonça Filho nous ramène à Recife, capitale de l’état brésilien de Pernambuco. Nous sommes en 1977 et nous suivons Marcelo (impeccable Wagner Moura), un homme d’une quarantaine d’années qui débarque dans la ville au moment où le carnaval bat son plein. Dans un premier temps, on découvre ce jeune veuf venu retrouver son petit garçon confié à ses grands-parents afin de construire une nouvelle vie avec lui. Et puis on découvre que Marcelo fuit un passé trouble. L’Agent secret, c’est lui. Pire, des menaces de mort planent au-dessus de sa tête et il sait qu’il doit les prendre très au sérieux. D’ailleurs des tueurs à gages sont déjà à ses trousses…

Dans un contexte politique

Revenir dans les années 1970 ne tient pas du hasard. Est-il nécessaire de rappeler que le Brésil a vécu sous dictature militaire de 1964 à 1965 ? Cependant, Kleber Mendonça Filho n’en fait pas le sujet de son film. Le réalisateur s’éloigne du film mémoire comme l’a si bien fait Walter Salles dans Je suis toujours là en 2024. Lui choisit de s’intéresser au genre : le film d’espionnage politique. Alors ici, pas de héros surpuissant, pas de gadgets hallucinants, pas de fusillades explosives, juste des femmes et des hommes courageux qui chuchotent, agissent dans le calme, en toute discrétion, mais aussi des poils qui se hérissent, des frissons dans le dos, des peurs contenues et puis des morts violentes, des cadavres abandonnés… Tous les ingrédients d’un thriller qui fait froid dans le dos ponctué de moments drôles, parfois tendres, en tout cas empreints d’humanité.  

Kleber Mendonça Filho prend son temps pour raconter les péripéties de son héros, il nous impose la patience pour déchiffrer les différentes informations liées à son Agent secret — certaines nous sont données via des flashbacks, des archives ou encore par deux femmes qui, de nos jours, écoutent des conversations sur un ordinateur —, mais aussi des informations liées au contexte politique du moment avec une corruption certaine et une injustice socio-économique évidente. Enfin, il nous demande de lui faire confiance avant de connaître les tenants et les aboutissants du film. Le spectateur n’est pas pris pour un imbécile, c’est plutôt bon signe.

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