Le Studio photo de Nankin de Ao Shen, au cinéma mercredi 7 janvier, raconte une page tragique de l’Histoire de la Chine : la prise sanglante de Nankin par les Japonais et la résistance de gens simples vue par le petit bout de la lorgnette.
Le cinéma adore raconter l’Histoire avec un grand H à travers les petites histoires des gens comme les autres. Surtout lorsqu’elles sont vraies. Le Studio photo de Nankin s’inspire de l’une d’elles mais commence avec la grande histoire qui nous ramène en 1937 à Nankin, alors capitale officielle de la Chine. Nous sommes au mois de décembre et l’armée nippone bombarde la ville avec une telle violence que le Japon recevra un blâme de la part de la Société des Nations. Mais l’armée impériale ne s’arrêtera pas là : c’est un massacre de la population qui s’organise méthodiquement.
Ao Shen s’appuie sur des documents, des interviews et des images réelles pour recréer le drame et filmer les atrocités commises. Pendant de longues minutes, le spectateur est saisi d’horreur jusqu’à ressentir un réel soulagement en découvrant les prémices de la petite histoire, celle de cinq personnes, n’ayant pas pu fuir la ville assiégée, qui vont faire preuve de résistance face à l’envahisseur.
Une menace constante
On suit alors les péripéties de Su Liuchang dit Achang, un jeune facteur courageux, de Wang Guanghai, un interprète opportuniste et lâche, de Lin Yuxiu, une actrice toute aussi opportuniste mais plus surprenante, et du couple Jin, propriétaire du studio. Wang a réussi à sauver sa peau en se rendant utile auprès des Japonais et parvient même à obtenir un laisser-passer pour sa maîtresse, la fameuse actrice. Achang, lui, va rester en vie en prétendant savoir développer les photos prises par Ito, un soldat dédié au témoignage de la victoire japonaise. Le trio va devoir s’entendre avec le propriétaire du studio puisque c’est lui qui va faire le travail et former Achang. Leur vie s’organise en toute discrétion sous la menace constante d’être surpris par l’ennemi.
Alors que le cinéma occidental a souvent évoqué les atrocités commises par l’armée nazie, il est bon de se souvenir que la guerre provoque les mêmes effets à l’autre bout du monde : des êtres persécutés qui se terrent, d’autres qui fuient, d’autres encore qui résistent. Le Studio photo de Nankin témoigne de la tragédie : après avoir raconté des morceaux d’histoires familiales, les photos — conservées en cachette par les résistants — dévoilent les exactions de l’armée japonaise grâce à des images prises par leur propre armée. Ces photos ont joué un rôle déterminant dans le procès de Nankin en février 1946, procès pendant lequel des criminels de guerre japonais ont été condamnés et exécutés.
- Le Studio photo de Nankin de Ao Shen (Chine, 2h17) avec Liu Haoran, Xiao Wang, Ye Gao…
