Après La Syndicaliste, Prix spécial du Jury et Prix du Meilleur film de la section Orizzonti à Venise, Jean-Paul Salomé revient avec une autre histoire vraie, celle de Ceslaw Jan Bojarski. C’est L’Affaire Bojarski à découvrir au cinéma mercredi 14 janvier.
Après Maureen Kearney, syndicaliste d’Areva et lanceuse d’alerte qui avait dénoncé les manœuvres politico-économiques autour de la filière nucléaire française et des intérêts chinois, Jean-Paul Salomé se penche sur un autre destin plus étonnant encore, celui de Ceslaw Jan Bojarski. L’Affaire Bojarski raconte l’histoire d’un ingénieur polonais réfugié en France pendant la Seconde Guerre mondiale, devenu célèbre dans les années 1960 pour avoir contrefait à la quasi perfection des billets de banque de 100 francs — le fameux billet Bonaparte —, ce qui lui vaut à l’époque d’être baptisé par Le Parisien : « Le Cézanne de la fausse monnaie ».
Dans une mise en scène sage — peut-être un peu trop sage —, Jean-Paul Salomé nous présente l’ingénieur polonais alors qu’il multiplie les petits boulots mal payés. Les seuls auxquels les étrangers ont accès. On passe brièvement sur ses mauvaises fréquentations, un braquage brutal avec son compatriote Anton (Pierre Lottin), puis on se pose dans une vie de couple apaisée. Le film prend un tournant romanesque quand Jan (Reda Kateb) épouse la douce et discrète Suzanne (Sara Giraudeau). « Là il a fallu inventer », avoue Jean-Paul Salomé de passage à Rouen. On le voit ainsi refuser d’être livreur dans la société de ses beaux-parents, préférant créer un atelier dans lequel il va utiliser l’un de ses dons : pendant l’occupation, l’ingénieur se montrait très doué dans la fabrication des faux papiers, aujourd’hui, à l’invitation d’un gangster, il va se lancer dans celle des faux billets.
Un jeu du chat et de la souris
Le film prend alors la tournure d’un thriller et devient vraiment L’Affaire Borjarsy. Jan s’organise une double vie à l’insu de sa femme à qui il prétend gagner l’argent du ménage en vendant ses brevets. Et puis le succès de ses faux billets d’une qualité exceptionnelle en fait la personne la plus recherchée de France, et en particulier de l’inspecteur Mattei (Bastien Bouillon) qui, pendant quinze ans, n’a de cesse de le traquer. Le plaisir du spectateur s’amplifie avec le duo Kateb-Bouillon qui donne de la noblesse à ce jeu du chat et à la souris. Quand le félin admire le talent du rongeur…
La plus grande qualité du film se trouve dans le minutieux travail de reconstitution : « Faire un film d’époque, ce n’est pas un travail de faussaire, ni un travail d’historien, mais plutôt un travail de copiste », s’amuse Jean-Paul Salomé. Il en donne la preuve avec le générique de fin qui montre des images — « filmées par la police » signale le réalisateur — du vrai Jan Bojarski, plutôt fier de montrer son atelier et les machines impressionnantes qu’il a lui-même conçues pour son travail d’expert.
- L’affaire Bojarski de Jean-Paul Salomé (France, 2h08) avec Reda Kateb, Sara Giraudeau, Bastien Bouillon, Pierre Lottin…
