Une vie qui ne tient qu’à un fil

Maxine (Angelina Jolie) découvre les turbulences de la Fashion week parisienne  / Photo : Carole Bethuel

Après Revoir Paris, Alice Winocour revient dans la capitale pour filmer trois femmes, chacune à un croisement de sa vie, emportées dans le tourbillon de la Fashion week. Coutures est à voir dans les salles de cinéma mercredi 18 février.

Les films d’Alice Winocour ont le chic pour intéresser les comédiennes solides. Après Diane Krugger dans Maryland en 2015, après Eva Green dans Proxima en 2019, après Virginie Efira dans Revoir Paris en 2022, c’est au tour d’Angelina Jolie de se glisser dans la peau de l’héroïne de son nouveau film, Coutures. La comédienne dont la réputation n’est plus à faire est ici est entourée de deux valeurs sûres du cinéma français, Vincent Lindon pour son autorité naturelle et Louis Garel pour son charme magnétique. Sans oublier Ella Rumpf, auréolée de son récent César du Meilleur espoir féminin pour Le Théorême de Marguerite d’Anna Novion. Un casting prestigieux, donc, complété par des actrices jeunes et jolies à découvrir, parmi lesquelles la gracile Anyier Antei, une Soudanaise qui fait sensation dès son premier rôle. Il faut dire que la réalisatrice l’invite à jouer une top model en devenir qui va participer à son premier défilé.

Nous sommes à Paris, et dans le tumulte de la Fashion week, le spectateur découvre Maxine (Angelina Jolie), une réalisatrice américaine choisie pour signer le film d’ouverture du défilé d’une grande maison de haute-couture. Côté top model, parmi les jeunes femmes minces aux jambes interminables, on distingue la beauté pure d’Ada (Anyier Anei), une magnifique et timide Sud‐Soudanaise qui vient de quitter son pays en guerre pour tenter sa chance dans le mannequinat. Toutes passent entre les mains expertes d’Angèle (Ella Rumpf), une maquilleuse française qui s’adapte à toutes ses situations. 

À un moment charnière

Alice Winecour filme cet univers féminin grouillant de petites mains, donne la parole à celles qu’on ne voit pas — couturières, maquilleuses… —, dévoile les aléas de la vie instable d’un mannequin, la course effrénée d’un shooting à l’autre, d’une ville à l’autre, d’un pays à l’autre, d’une saison à l’autre, jusqu’à ce que leur beauté éphémère se fane comme le chante Françoise Hardy dans Mon Amie la rose… 

Et puis la réalisatrice s’intéresse de plus près à trois d’entre elles à un moment charnière de leur vie. Maxine apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein et, comprenant que sa vie ne tient qu’à un fil, va devoir mettre un coup de frein à ses ambitions professionnelles. De son côté, Ada fait ses premiers pas dans un métier qui l’éloigne des siens et dans lequel elle n’est pas certaine de vouloir s’engager durablement. Quant à Angèle, lassée du milieu de la mode, elle aspire à une autre vie. Pourquoi pas écrire sur ce monde qu’elle observe de près ?

Pour incarner Maxime, personnage principal de ce film chorale, Alice Winecour, qui a bien connu sa situation dramatique pour l’avoir elle-même traversée, n’a pas choisi une comédienne au hasard. Angelina Jolie s’est emparé du rôle en connaissance de cause après avoir subi une double mastectomie, sa mère et sa grand-mère étant décédées d’un cancer du sein.  

On comprend que le monde de la mode n’est pas non plus le fait du hasard et que le titre Coutures ne concerne pas uniquement les vêtements que l’on fabrique pour un défilé. Non, pour Alice Winocour, les trois femmes essaient de recoudre les fils de leur vie. L’image est belle et rendue avec délicatesse par les comédiennes à travers le regard sensible et puissant de la réalisatrice. 

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