La résistance d’une femme iranienne

Qu’est-ce qui inquiète les deux sœurs, Mahnaz (Parinaz Izadyar, à droite) et Mehri (Soha Niasti), dans l’attente, derrière leur porte ? / Photo : Mirhossein Shojaei et Saeed Roustaee

Dans Woman And Child, le réalisateur Saeed Roustaee s’attaque à l’oppression faite aux femmes en Iran. Et comme les Iraniennes aujourd’hui, son héroïne ne se laisse pas faire. Un film intelligent, fort et bouleversant à voir au cinéma dès mercredi 25 février.

Quatrième long-métrage de Saeed Roustaee, Woman And Child démontre une fois de plus le talent du jeune réalisateur iranien dont on connaît déjà le marquant La Loi de Téhéran, prix du Meilleur réalisateur au festival de Tokyo en 2019, et l’émouvant Leïla et ses frères, prix de la Critique internationale à Cannes en 2002. 

Comme avec Leïla et ses frères, c’est par le biais d’un histoire de famille qu’il va parler de la société patriarcale iranienne. Woman And Child a pour héroïne Mahnaz (magnifique Parinaz Izadyar) une veuve élevant seule ses deux enfants, en compagnie de sa mère (Fereshteh Sadre Orafaee) et de sa jeune sœur Mehri (Soha Niasti). Infirmière, Mahnaz compte bien refaire sa vie. À 45 ans, elle se prépare d’ailleurs à céder aux demandes pressantes d’Hamid (impressionnant Payman Maadi ), un ambulancier, célibataire endurci qui aimerait lui passer la bague au doigt. Sauf que pendant les quelques jours que le spectateur va vivre avec Mahnaz, des événements malheureux vont faire voler en éclats le projet nuptial : le renvoi de l’école du fils ainé, le turbulent Aliyar (Sinan Mohebi), une rencontre familiale qui vire au malaise, un accident mortel… Ravagée, Mahnaz ne va pas  se laisser abattre et va réclamer réparation. 

Un renoncement

Comme Mahnaz à chaque situation, le spectateur est amené à chercher à comprendre ce qu’il s’est vraiment passé. Comme Mahnaz, il se laisse d’abord séduire par l’ambulancier, charmeur et beau parleur, avant de prendre conscience de l’importance qu’il donne à ses magouilles. Il est à l’image des hommes corrompus du régime iranien. Il faudra un drame pour que Mahnaz voit Hamid tel qu’il est : égoïste, autoritaire, manipulateur.  Il lui faudra une tragédie pour trouver la force de renoncer à la nouvelle vie dont elle rêvait. Une force qui l’amène à se battre pour sauver la vie future de sa fille, de sa sœur et de son bébé.

La force du cinéma de Saeed Rouestaee, on la trouve dans les situations à la fois simples — elles peuvent toucher tout le monde —, et complexes, par les décors comme une cage d’escalier belle et impressionnante, ou deux portes entr’ouvertes qui laissent filtrer une vérité blessante. Sa force passe aussi par les silences et surtout par les regards. D’ailleurs sa caméra s’attarde longuement sur les regards de ces femmes et de ces fillettes, des regards qui nous poursuivent encore longtemps après avoir quitté la salle de cinéma. 

Partager l'article