Un agriculteur qui crève l’écran

Jérôme, un éleveur du Sud-Ouest, large sourire et grande gueule  / Photo : Nord-Ouest

Après Au Nom de la terre, Édouard Bergeon revient au monde agricole avec Rural, un documentaire, dans les salles de cinéma mercredi 4 mars, porté par Jérôme Bayle, éleveur charismatique du sud-ouest de la France.

Au cinéma, le documentariste Édouard Bergeon s’est fait connaître du grand public dès 2019 avec Au Nom de la terre, d’autant plus que Guillaume Canet s’était investi dans cette fiction inspirée par l’histoire familiale du réalisateur dont le père agriculteur s’est suicidé. On découvrait déjà l’évolution du monde agricole de ces quarante dernières années.

Après une nouvelle fiction écolo, La Promesse verte (2024) qui nous emmenait en Thaïlande, Édouard Bergeon revient à ses origines avec Rural, un documentaire qui met à l’honneur une figure nationale de la ruralité, Jérôme Bayle. À travers lui, il porte un regard humain sur l’agriculture française, telle qu’on la pratique en famille. Et cette fois, il filme ceux qui se battent pour la faire perdurer. « J’avais envie de revenir au réel, de parler de la terre, des fermes avec les mots et les visages de ceux qui vivent la ruralité au quotidien », nous confie-t-il de passage à l’Omnia à Rouen.

Un effet miroir

Pendant un an, Édouard Bergeon a suivi Jérôme Bayle, le charismatique éleveur du sud-ouest de la France. On peut bien dire charismatique car, en 2024, toutes les chaînes de télévision s’arrachaient cette figure de la contestation paysanne à l’origine du premier barrage autoroutier lors de la mobilisation du monde agricole, sur une portion de l’A64, près de Carbonne. « C’est à cette occasion que je l’ai rencontré, nous raconte le réalisateur. À ce moment-là, il n’était pas encore question de faire un film… Entre nous, il y a comme un effet miroir : son père, comme le mien, s’est suicidé. Je savais qu’il faudrait présenter le film et que des spectateurs me raconteraient leurs pertes. Et ça remue toujours. »

Une fois adopté par Jérôme et sa mère, le réalisateur filme l’homme sur le terrain, auprès de ses bêtes, sur les champs qu’il cultive afin de nourrir son bétail. Il suit le militant, cofondateur de l’association paysanne des Ultras de l’A64 sur le terrain des manifestations, dans des meetings où les agriculteurs sont de plus en plus mobilisés. « Avec lui, on avait tous les ingrédients d’un vrai personnage de cinéma, justifie Édouard Bergeon, et en prime le magnifique décor des Pyrénées en arrière-plan. Je savais que Jérôme pouvait être le héros d’un film mais je ne savais pas encore à quel point. »  

Avec les politiques

Pendant que Jérôme prend de l’importance dans l’actualité, Édouard filme les multiples interviews, ses coups de gueule au micro, face caméra, et ses rencontres ponctuelles, plus discrètes, avec Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA, l’écologiste Marine Tondelier et l’ex Insoumis François Ruffin. Il est là aussi lors des rendez-vous officiels sous le drapeau français avec les politiques du plus haut niveau, de Gabriel Attal alors Premier ministre à Yaël Braun-Pivert, présidente de l’Assemblée nationale, en passant par une longue et puissante poignée de main avec Emmanuel Macron. « Personne ne s’est opposé à la présence de ma caméra, affirme le réalisateur sans trop s’en étonner. Du moment que Jérôme était d’accord, eux aussi. » 

Au-delà du travail et des revendications, Édouard Bergeon et Jérôme Bayle nous accordent un petit plus en partageant des images plus intimes : il filme sa mère Lulu, toujours au travail, et cette rencontre avec une mère divorcée qui vient louer une maison près de la ferme. Son fils et sa fille, de plus en plus attachés à Jérôme, participent aux travaux des champs et aux soins des bêtes. On sourit en imaginant un possible passage de relais.  

  • Rural d’Édouard Bergeon (France, 1h33)
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