La peur qui fait mal

Valéry Carnoy filme la beauté des adolescents, la beauté du geste sportif, la beauté de la musique, la beauté de la nature…  / Photo : Hélicotronc - Les Films du Poisson

Invité au festival de Sarlat, le réalisateur belge Valéry Carnoy présentait La Danse des renards, un film puissant, primé à la Quinzaine des Cinéastes du Festival de Cannes, qui sort dans les salles de cinéma mercredi 18 mars.

Pour son premier long-métrage, Valéry Carnoy ne s’est pas déplacé au 78e festival de Cannes pour faire de la figuration à la Quinzaine des cinéastes. Son premier long-métrage, La Danse des renards, a reçu le Label Europa Cinémas du Meilleur Film européen et le Prix SACD du Meilleur Film français. Ce film avait aussi toute sa place au festival de Sarlat, événement dédié aux lycéens, puisque La Danse des renards nous entraine dans un internat du genre sport-études. Un domaine qu’il connaît bien : « j’étais en internat football mais j’ai fait de la boxe sans jamais la pratiquer en compétition. Pour moi, c’est un sport de défoulement et j’aime beaucoup en regarder. À force d’en regarder, j’en ai une certaine maîtrise, même si elle n’existe pas dans mes poings », nous confie le réalisateur à Sarlat.

Valéry Carnoy a donc choisi de nous emmener à la rencontre d’un jeune boxeur prometteur, Camille (formidable Samuel Kircher). En pleine ascension, le garçon, plutôt réservé mais sûr de lui, a tout pour envisager une belle carrière. Matteo (émouvant Faycal Anaflous), son meilleur ami, se voit déjà jouer le rôle de son agent. Sélectionné pour une compétition internationale et invité à participer à un stage national, Camille décide pourtant de rester fidèle à son entraîneur et à ses copains.

Le réalisateur qui avait déjà filmé des corps d’adolescents dans Titan, son précédent court-métrage — « Ces films sont comme frère et grand frère » —, s’intéresse cette fois à la masculinité fragile. Après avoir filmé les corps musclés et souples des jeunes sportifs combattant sur le ring, dansant dans les vestiaires, exposant leurs pectoraux luisants avec fierté, Valéry Carnoy va insuffler une bonne dose de fragilité. De fait, lors d’une sortie en forêt, Camille chute d’une falaise et échappe de peu à la mort grâce à Matteo qui l’a ramené à bon port. Une grave blessure au bras le contraint à faire une longue pause dans ses préparatifs. Camille reprend les entraînements avec l’accord des médecins l’estimant complètement guéri. Pourtant, il éprouve encore une vive douleur qui complique sérieusement son investissement sur le ring. Lui qui a l’habitude de prendre des coups, va-t-il abandonner et laisser sa place à un rival ? 

« On est en train d’abimer les adolescents »

On comprend que le choix de la boxe n’est pas dû au hasard. « Il me fallait un sport où la douleur est assez commune, justifie le réalisateur. Un boxeur a l’habitude d’avoir mal. Cependant, expérimenter la douleur fantôme paralyse Camille. C’est sa santé mentale qui est atteinte. Ça le rend fou de ne pas comprendre pourquoi il souffre et de ne pas être compris par ses copains. » 

Valéry Carnoy a la sagesse de ne pas nous enfermer dans le domaine de la boxe et invite un personnage féminin qui dénote dans cet univers masculin. Yasmine (Anna Heckel), est une jeune fille qui hésite encore le sport et la musique.  « À l’adolescence, quand vous êtes dans ce genre d’établissement, c’est que vous êtes déterminé à quelque chose, la boxe, le foot ou autre, et vous ne faites que ça. Votre vie vous échappe, commente le réalisateur. Yasmine est différente, elle attire l’attention de Camille parce qu’elle a deux passions, la MMA et la trompette ». Et c’est le son de la trompette qui va émouvoir le sensible Camille.

Valéry Carnoy filme la beauté juvénile, la beauté du geste sportif, la beauté de la musique, la beauté de la nature mais, à la fin du film, tous ses principaux personnages finissent abimés par leur environnement. « J’y tenais car je trouve qu’actuellement, on est en train d’abimer les adolescents. On leur renvoie à la figure une image très fataliste, on les expose à des conflits médiatisés. Moi aussi, je voulais être violent. »

Reste le titre La Danse des renards qui n’a rien à voir ni avec la boxe ni avec la trompette. « Je ne voulais pas rester focalisé sur la boxe. Le renard est un élément qui amène de la singularité dans le film, c’est avec le renard qu’on comprend les liens d’amitié qui unissent Camille et Matteo. J’avais envie de le mettre à l’honneur tout en créant une fausse piste pour le spectateur. »    

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