Invité au Festival du Film de Sarlat, le documentariste Camille Ponsin a présenté Sauvage, son premier film de fiction, au cinéma mercredi 8 avril, inspiré d’une histoire vraie à laquelle il a été confronté au cœur des Cévennes dans les années 1970.
Après La Combattante (2022), un documentaire sur Marie-José Tubiana, ethnologue de 90 ans qui a accueilli dans son appartement parisien des rescapés du génocide du Darfour afin de collecter leurs témoignages, Camille Ponsin aurait pu opter une fois encore pour le documentaire puisque Sauvage est basé sur une histoire vraie qui s’est déroulée dans les années 1970 au cœur des Cévennes.
C’est « un territoire auquel j’appartiens en partie, commente le réalisateur, invité au festival du Film de Sarlat, un territoire assez fascinant qui peut être aussi beau qu’angoissant parfois. Les vallées encaissées des Cévennes nous marquent physiquement parce que nous sommes constamment confrontés aux éléments. Mais c’est surtout un pays très envoûtant et je voulais montrer dans le film autant le côté grandiose que le côté inquiétant de cette nature. »
Le spectateur est ainsi entraîné dans ce territoire sublime pour y découvrir trois familles de néo-ruraux qui s’y sont installées dans les années 1970 afin de vivre simplement et paisiblement au plus près de la nature. « Ils ont été plutôt bien accueillis par les locaux. Ils faisaient le chemin inverse de leurs parents partis pour la ville. Ce sont eux qui ont remonté les ruines, rouvert les prés, repris l’artisanat d’autre fois », rappelle Camille Ponsin. Reste à comprendre pourquoi le film s’appelle Sauvage ?
Un amour inconditionnel
Dans un paysage lumineux, le premier son que l’on entend, c’est « Anja » crié et répété par différentes voix sur toutes sortes de tons. Plusieurs personnes appellent une jeune fille qui, du haut d’un promontoire, observe sans broncher tout ce petit monde s’agitant pour la retrouver. On comprend que quelque chose ne va pas. Une des règles de cette communauté consiste à partager les repas. Or Anja (Lou Lampros, un mélange de naturel et d’étrangeté), l’ainée de Sam (Céline Sallette, et sa force intérieure) et Karl (Bertrand Belin, doux et charismatique), ne viendra pas. Elle a choisi de vivre seule, à l’écart des autres.
« C’est une histoire que je suis et que je vis depuis une quinzaine d’années. Mes parents habitent cette vallée et la famille dont je parle sont des amis. J’ai connu leur fille lorsqu’elle était à l’école, joviale et rayonnante. En premier lieu, j’ai voulu raconter l’histoire fascinante de cette jeune fille qui se réfugie dans les bois. Et si je filme les décors et la vie en communauté, c’est la relation entre la mère et la fille, le côté enfant sauvage et mère louve, qui est au cœur du film. »
Camille Ponsin raconte donc l’histoire du point de vue de la mère et suit Sam dans sa course effrénée à aider et protéger sa fille. Seul lien entre Anja et les autres, elle arpente les chemins sinueux pour trouver sa trace et laisser à sa portée nourriture, vêtements, couvertures… Mais l’insaisissable Anja ne tarde pas à devenir un problème pour tous les habitants de la vallée dès lors qu’elle pénètre dans les maisons, vide les réfrigérateurs, chaparde ici ou là, cisaille tous les visages apparaissant sur une image, une photo, un tableau. Et c’est l’idéal de vie de toute une communauté qui en est fragilisé. L’amour inconditionnel de Sam pour sa fille pourra-t-il la sauver ? Entre l’abandonner en pleine nature ou la confier à des médecins, le dilemme est cornélien.
- Sauvage de Camille Ponsin (France, 1h41) avec Céline Sallette, Lou Lampros, Bertrand Belin…
