Habités par la musique

Cent vingt musiciens qui travaillent tous dans la même direction, celle du chef Klaus Mäkelä / Photo : Pyramide Distribution

Nous L’Orchestre, un film de Philippe Béziat au cinéma mercredi 22 avril, nous offre une plongée au cœur de l’Orchestre de Paris préparant les prochains concerts avec différents chefs. Un documentaire totalement jouissif.

Les musiciens d’un orchestre symphonique, endimanchés dans leur tenue de concert, peuvent rebuter un public intimidé qui ne se sent pas à sa place dans tout le décorum. Alors, pour accéder à ce monde empreint de mystères, Philippe Béziat nous invite à aller à la rencontre de ces instrumentistes dans leur quotidien, lorsqu’ils travaillent ensemble sous la direction d’un chef.

Dans Nous L’Orchestre, pas de queue de pie, de nœuds papillons et de vêtements guindés, juste des hommes et des femmes comme tout un chacun mais avec un talent incroyable : celui de faire sonner une trompette, un hautbois ou un cor, vibrer les cordes d’un violon, d’un alto ou d’une contrebasse, résonner des cymbales, triangle et timbales. Ces musiciens d’exception ont choisi de mettre leur talent unique à la disposition d’un ensemble, et ils ont été les heureux élus d’un concours qui les a amenés à intégrer le prestigieux Orchestre de Paris. Dès lors, plus question de jouer leur partition comme ils l’entendent, il s’agit pour eux de se fondre dans la masse, de jouer tous dans la même la direction, celle d’un chef qui donne le tempo, l’élan, les intentions.   

À chacun sa méthode

Philippe Béziat nous emmène dans les coulisses de la Philharmonie à l’heure des répétitions avec le dynamique Klaus Mäkelä, nommé directeur musical de l’Orchestre de Paris en 2021. La caméra suit ses mouvements amples et énergiques. Et c’est passionnant de le voir obtenir ce qu’il veut des instrumentistes attentifs à ses gestes précis. On croit tout comprendre de son rôle en voyant ce  jeune Finlandais de 30 ans donner de sa personne et mouiller sa chemise au sens propre et figuré.

Puis, on découvre d’autres chefs — la Hong-Kongaise Elim Chan, le Britannique Daniel Harding… — tout aussi efficaces, mais aux méthodes totalement différentes à l’image du Suédois Herbert Blomstedt. Avec ce maestro de 97 ans, pas question de gesticuler. C’est du regard et du bout des doigts qu’il emmène les musiciens dans la direction qu’il estime être la bonne pour interpréter la 8e Symphonie de Bruckner. 

Cent vingt musiciens

Mais pas de chef sans instrumentistes alors Philippe Béziat donne la parole à quelques-uns des cent vingt musiciens, fonctionnaires au service de la musique. Chacun témoigne de son parcours — ils viennent de partout, de France comme de l’étranger —, de son expérience, de ses ambitions, de ses envies et du bonheur que leur apporte la musique, mais aussi des contraintes que représente parfois le vivre ensemble. Un musicien, à l’aube de son départ à la retraite après quarante années au sein de l’orchestre, avoue pudiquement ne ressentir ni joie ni regret.  

Le réalisateur les filme en train de travailler, de répéter, de jouer, et mieux encore, d’écouter l’enregistrement de la musique qu’ils viennent de créer ensemble. Leur bonheur se lit sur leur visage. On réalise alors ce que c’est d’être habité par la musique, on les envierait presque. 

Ne ratez pas Nous L’Orchestre car si la musique classique vous fait peur, ce documentaire vous donne l’occasion de découvrir des extraits de pièces maitresses comme Le Sacre du printemps, Petrouchka et L’Oiseau de feu de Stravinsky, Le Mandarin merveilleux de Bartók, Shéhérazade de Rimski-Korsakov, le Concerto en sol de Ravel, la Symphonie n°8 « Des Mille » de Ravel, la La Suite pour orchestre de jazz n°2 de Chostakovitch…. Et qui sait, peut-être que cela donnera envie aux plus rétifs d’aller écouter une de ces œuvres à l’occasion d’un concert en live.    

  • Nous L’Orchestre de Philippe Béziat (France, 1h30) avec Klaus Mäkelä…
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