Asghar Farhadi adapte librement un épisode du Décalogue de Krzysztof Kieślowski. Le réalisateur iranien met en scène Isabelle Huppert, Virginie Effira, Pierre Niney, Vincent Cassel, Adam Bessa dans Histoires parallèles en compétition au festival de Cannes.
Depuis le succès mondial d’Une Séparation, Ours d’or et prix d’interprétation féminine et masculine pour l’ensemble de la distribution à Berlin en 2011, suivis d’un Golden globe, d’un César et d’un Oscar du Meilleur film étranger, chacun des films d’Asghar Farhadi est attendu. Et, à chaque fois, c’est une surprise tant dans le genre que dans les thèmes abordés. Après Le Passé tourné en France avec Bérénice Bejo et Tahar Rahim, le réalisateur iranien revient à Paris pour tourner Histoires parallèles en compétition à Cannes, porté par un casting d’exception : Isabelle Huppert, Virginie Efira, Pierre Niney, Vincent Cassel, Adam Bessa, Catherine Deneuve, India Hair… De quoi émerveiller la Croisette.
Comme son titre l’annonce, Histoires parallèles met en scène plusieurs personnages censés se croiser dans la réalité, mais aussi des personnages nés de l’imagination de l’un d’eux. Romancière en panne d’inspiration, Sylvie (Isabelle Huppert) observe les trois voisins, une femme et deux hommes, qui vont et viennent dans l’appartement d’en face. Elle leur donne des prénoms Anna (Virginie Efira), Nicolas (Vincent Cassel) et Théo (Pierre Niney). Et seulement à partir de ce qu’elle voit, faute d’entendre le moindre son, le moindre dialogue, elle crée un lien de fraternité entre Nicolas et Théo et amène Anna à tromper l’un avec l’autre.
Des rebondissements
Évidemment, avec Asghar Farhadi, on ne peut pas rester dans la banalité d’un potentiel ménage à trois. Un cinquième personnage, bien réel, va jouer les trublions. Adam, jeune homme sans emploi qui aide Sylvie à faire du tri avant son futur déménagement, s’intéresse autant à l’histoire imaginaire qu’aux vrais voisins, et pour attirer l’attention de sa jolie voisine qu’il croise dans un bar, il se fait passer pour l’auteur du roman en gestation. Grâce à lui, le spectateur découvre Nita (Virginie Efira), son compagnon Pierre (Vincent Cassel) et le frère de celui-ci Christophe (Pierre Niney). Et tout naturellement, la réaction de chacun va varier à la lecture du récit fait à partir de la perception de leur comportement. Quoi qu’il en soit, leur vie à tous les trois en sera bouleversée.
Le spectateur patient jubile au fur et à mesure que l’intrigue se mêle, se démêle et s’entremêle. Il jubile d’autant plus qu’Asghar Farhadi s’amuse autour du triptyque image-son-écriture. Dans des décors riches — l’appartement lumineux d’une écrivaine, encombré de livres, de tableaux, de meubles, et un appartement transformé en studio d’enregistrement bourré d’objets insolites — il filme à la manière de Kieślowski les personnages imaginés par Sylvie, et à sa manière les personnages dans la vie réelle. Son sujet l’amène à s’intéresser au travail d’écriture, à l’inspiration frivole, aux idées qui se volent. Et, côté son, il a l’idée géniale de faire de ce trio dont Sylvie n’a que les images, des bruiteurs, ces créateurs d’effets sonores qui enregistrent le son d’un film, d’un documentaire, d’une publicité quand celui n’a pas été réalisable lors de la prise.
Alors si la création vous intéresse, vous devriez être comblé.
- Histoires parallèles de Asghar Farhadi (France, 2h19) avec Isabelle Huppert, Virginie Efira, Pierre Niney, Vincent Cassel, Adam Bessa…
