Les tourments d’un père

Quand elle comprend ce qui est arrivé, Zuzka (Dominika Moravkova) s’écroule dans les bras de Micha (Milan Ondrik) / Photo : Epicentre Films

Au cinéma mercredi 27 mai, Father s’intéresse au syndrome du bébé oublié. La réalisatrice slovaque Tereza Nvotová met sous tension le spectateur qui finit par éprouver de l’empathie pour un père dévasté.

On entend parfois parler d’un bébé oublié à l’arrière d’une voiture, en plein soleil. Avec effroi, on apprend que l’enfant n’a pas survécu et il est alors difficile de ne pas condamner mentalement le père ou la mère capable d’une telle négligence. Un proche de son co-scénariste Dušan Budzak s’étant trouvé dans cette situation, Tereza Nvotová a voulu chercher à comprendre et son édifiante réflexion a abouti à Father, son troisième long-métrage après Svetlonoc (2022) et Jamais sans le dire (2017). 

La réalisatrice nous présente un couple avec enfant comme tant d’autres. Au moment où le père rentre d’un footing, la mère prépare la petite de 2 ans, et tout ce petit monde s’active avant de partir travailler malgré la canicule qui sévit sur le pays. Zuzka (Dominika Moravkova) étant en retard, c’est Micha (Milan Ondrik) qui déposera Dominika (Dominika Zajcz) à la crèche avant de rejoindre l’entreprise qu’il dirige. A partir de là, les plans-séquences s’enchaînent et la caméra ne lâche plus cet homme happé par le travail, les réunions, les questions, les décisions à prendre, tout en gérant les coups de fils personnels avec sa mère, son ex-femme et Zuzka qui attend son accord pour acheter un nouveau meuble. Jusqu’à l’appel terrifiant d’une mère angoissée : « Où est Dominika ? Elle est avec toi ?» 

Une vie ordinaire

Après le train-train quotidien, Tereza Nvotová nous met en état de choc tel Micha découvrant l’horreur. Tout est filmé du point de vue de ce père ravagé par le chagrin et le sentiment de culpabilité. Il doit faire face à une mère dévastée, à des collègues et amis ahuris, voire dédaigneux, même accusateurs. Le couple va-t-il résister au drame et aux regards des autres ? 

En faisant de Micha un bon père, un bon mari, un bon fils, Tereza Nvotová rappelle avec retenue que ce genre de drame peut arriver à n’importe qui. D’ailleurs le spectateur se projette aisément dans ce personnage tant sa vie est ordinaire. Comme Micha, on se demande comment cela a pu arriver.  On en apprend un peu plus sur le syndrome du bébé oublié qu’il découvre, en faisant des recherches sur l’Internet, des explications qui sont d’ailleurs reprises au moment du procès filmé avec sobriété.  

Un coup de chapeau aux comédiens. Milan Ondrik — il porte tout le film sur ses épaules — nous fait croire à tous les tourments qui traversent Micha, et Dominika Zajcz nous fait ressentir la dépression dans laquelle Zuzka est en train de tomber. Father est un drame intense et bouleversant. 

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