Évolution des mœurs

Agnès Jaoui réunit une pléiade de comédiens qui se préparent à monter « Les Noces de Figaro » / Photo : Films du Kiosque - Studio Canal - Anne-française Brillot

Huit ans après Place publique, L’Objet du délit d’Agnès Jaoui nous invite à  assister aux préparatifs d’une production mouvementée du célèbre opéra Les Noces de Figaro, dans une ambiance post #MeToo. C’est au cinéma mercredi 27 mai.

Cela faisait huit ans que l’on attendait le nouveau film d’Agnès Jaoui après le mordant et délicieux Place publique. Entre temps, la réalisatrice, comédienne et scénariste, a perdu son plus grand complice, Jean-Pierre Bacri. On comprend qu’il lui ait fallu s’accorder une pause, reprendre son souffle et s’entendre avec d’autres dialoguistes. Ici, Emmanuel Salinger, Noé Debré, Florence Seyvos, son frère Laurent Jaoui. Avec ce quatuor, elle a su trouver le ton juste pour s’amuser des moments de tension que traversent des artistes se préparant à monter l’un des opéras les plus célèbres de Mozart, adapté d’une pièce de Beaumarchais, Les Noces de Figaro.

Depuis Le Goût des autres (2000), on connaît le regard critique et malicieux d’Agnès Jaoui observant ses partenaires de jeu. Le spectateur jubile en assistant aux préparatifs parfois houleux : du choix des artistes au salut final de la première, en passant par tous les déboires que connaît la concrétisation d’une ambitieuse production. Et chacun en prend pour son grade :  Igor, le maestro (Daniel Auteuil) et ses négociations douteuses. Il donne le rôle déterminant de Suzanne à Sophie, une débutante (Tiphaine Daviot) parce qu’elle est la fille du principal mécène. Il y a aussi Hannah, la diva (Agnès Jaoui) et ses caprices incessants, Mirabelle, la jeune metteuse en scène (Claire Chust) qui manque d’assurance pour imposer sa vison féministe, Clotilde, son assistante (Lucie Gallo), bien trop intimidée pour se sentir à la hauteur, sans oublier le ténor impétueux (Maxime Pambet), la merveilleuse cantatrice choisie pour jouer Chérubin (l’actrice franco-malienne Eye Haïdara), persuadée d’avoir été prise pour répondre au quota ethnique.

Domination masculine

Agnès Joui a le chic pour réaliser un film choral et tous les comédiens y trouvent leur compte. D’ailleurs, elle n’oublie pas les techniciens parmi lesquels le doux Samir (Oussama Cheddar) qui fait le lien entre ceux qui sont dans la lumière et ceux dans l’ombre sans qui le spectacle ne serait pas aussi réussi. 

L’Objet du délit ne serait qu’un film de plus sur la mise en place d’un spectacle si Agnès Joaoui n’ajoutait pas un élément contemporain à son sujet : une accusation d’agression sexuelle. Dès lors, on regarde le film en se demandant pourquoi il est si compliqué de mettre en place l’égalité entre les hommes et les femmes ? Et Les Noces de Figaro, abordant la domination masculine — le droit de cuissage d’un comte sur sa bonne — et les rapports de classe au XVIIIe siècle, est un excellent moyen d’entamer cette réflexion. 

Agnès Joui n’élude aucun sujet et expose toutes les positions possibles face aux accusations de la jeune artiste qui reproche à son partenaire d’avoir eu les mains baladeuses. Comportement inapproprié ? Scène de caresses exigée par la situation ? Cantatrice fragile ? Homme imbu de son pouvoir ? Tout le monde y va de son avis, sans négliger le risque de voir couler la production. 

Agnès Jaoui pense aussi aux innocents pris dans la tourmente et ajoute une cantatrice célèbre qui se prépare à donner dix noms d’hommes croisés qui auraient eu des comportements déplacés pendant sa carrière. Une annonce qui rend le maestro particulièrement nerveux… Elle constate ainsi comment les générations s’opposent et donne à Hannah un père (Jacques Weber) grabataire qui ne peut s’empêcher de draguer tout ce qui porte jupon. Ceux-là s’étonnent sûrement encore aujourd’hui de l’évolution des mœurs. Agnès Jaoui est là pour faire le point, et sans en faire un drame.

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