Impitoyable adolescence

Ben (Everett Blunck), un ado timide mais courageux  / Photo : Spooky Pictures

The Plague de Charlie Polinger traite avec justesse du harcèlement entre gamins dans un camp de water-polo. Interdit aux moins de 12 ans, le film, au cinéma mercredi 3 juin, a reçu le Grand Prix et le prix de la Critique au dernier festival du Cinéma américain de Deauville.

Le passage à l’âge adulte est souvent traité au cinéma. Pour son premier long-métrage, Charlie Polinger a préféré se pencher sur la période de transition entre l’enfance et l’adolescence. Le héros de The Plague est donc un gamin de 12 ans qui vient de quitter Boston pour participer à un camp de water-polo. Plutôt timide mais clairement décidé à s’intégrer, Ben (Everett Blunck, sensible) rejoint une petite bande qui chahute joyeusement. Rapidement, il repère aussi un garçon isolé, moqué — pour ne pas dire humilié —  et marginalisé par les autres. Tous évitent le moindre contact avec Eli (Kenny Rasmussen) au prétexte qu’il aurait la peste…

D’emblée, le spectateur se retrouve dans la peau de Ben. Comme lui, il découvre tous les nageurs de niveaux différents et leur coach (Joel Edgerton), autoritaire mais sympathique. Entre deux plongées en piscine, merveilleusement filmées, on observe le comportement du leader, Jack (Kayo Martin) et de ses complices, celui des suiveurs, et la dynamique du groupe qui impose ses règles, souvent féroces. Ben commence à jouer les suiveurs, et sans trop croire à cette histoire de peste, respecte les instructions : si tu touches à Eli, tu dois laver et frotter soigneusement les parties du corps entrées en contact avec lui sous peine d’être contaminé à ton tour… 

Un courage

Après les héroïnes fragiles mais courageuses de Carrie de Brian de Palma (1976) ou Black Swan de Darren Aronofsky (2010), Charlie Polinger choisit de filmer un garçon vulnérable, embarrassé par un léger problème de prononciation, angoissé à l’idée d’être rejeté, à l’âge où la transformation du corps peut effrayer. L’âge aussi où l’innocence peut se teinter de cruauté. Ben va se démarquer des autres et il peut être considéré comme un héros, parce qu’il va éprouver de l’empathie pour Eli, et aura le courage de tenter un rapprochement au risque d’être rejeté lui aussi… 

Au lieu de choisir le documentaire pour parler du harcèlement, malheureusement d’actualité, Charlie Polinger opte avec audace pour une fiction juste, belle et crédible, portée par de jeunes acteurs méconnus : Everett Blunck sait rendre convaincante la sensibilité de Ben. Quant à Kayo Martin, il donne un air angélique à la perfide monstruosité de Jack. Des acteurs à suivre.  

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