Le désir n’a pas d’âge

À la plage, Vincente (José Ramón Soroiz) repère les beaux garçons / Photo : Epicentre Films

Aitor Arregi et Jose Mari Goenaga nous emmènent à Maspalomas, petit paradis aux îles Canaries, pour témoigner de la situation des personnes âgées homosexuelles. Un film délicat mais interdit aux moins de 12 ans qui sort dans les salles de cinéma mercredi 24 juin.

En 2013, Alain Guiraudie nous faisait découvrir un lieu de drague pour hommes dans L’Inconnu du lac. On pense forcément à ce film sensible et bouleversant, en découvrant celui d’Aitor Arregi et José Mari Goenaga, Maspalomas porté par le magnifique José Ramón Soroiz, une version senior de Pierre Deladonchamps.

Les réalisateurs espagnols nous attirent sous le soleil brûlant de Maspalomas, lieu paradisiaque des îles Canaries où, depuis vingt-cinq ans, Vicente savoure avec insouciance une retraite bien méritée. Un accident et le voilà rapatrié à Donostia, au nord de l’Espagne où sa fille le place dans une maison pour personnes âgées. Le sympathique septuagénaire basque fait des efforts d’intégration mais le temps lui paraît bien long. D’autant qu’il se voit à nouveau contraint de masquer son identité…

Changement d’ambiance

Deux lieux, deux ambiances. Aitor Arregi et Jose Mari Goenaga abordent avec subtilité la situation des aînés homosexuels et commencent par nous présenter Vicente, 76 ans, épanoui dans sa vie quotidienne aux côtés de son ami Ramon et du chien Arbi. Célibataire depuis peu, il erre parfois dans les dunes pour vivre une brève mais intense relation sexuelle avec des inconnus. On chanterait volontiers Sea, Sex And Sun avec Serge Gainsbourg. À ses côtés, le spectateur ressent autant la chaleur du soleil que le souffle de la liberté.

De quoi rendre encore plus douloureux le changement de décor et d’ambiance lorsque la caméra nous emmène dans les couloirs sombres d’une maison de retraite. Vicente ne s’y sent pas à sa place, le spectateur non plus. Il ne tarde pas à rêver d’évasion, le spectateur aussi. Qui d’entre nous envisagerait avec plaisir de se retrouver dans un Ehpad. Mais pour Vicente, qui doit cacher son orientation sexuelle, c’est aussi se retrouver cinquante ans plus tôt lorsque l’homosexualité était encore considérée comme un crime. En Espagne, l’homosexualité a été dépénalisée le 26 décembre 1978, les séniors ont donc tous connu la répression et ressenti la peur d’être dénoncé.  Avec Aitor Arregi et Jose Mari Goenaga, rien n’est tabou et Maspalomas leur donne l’occasion de rappeler que le désir n’a pas d’âge.

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