Et s’il avait poursuivi l’activité agricole de la ferme familiale… Yves-Marie Le Texier a grandi dans une exploitation de 40 hectares dans le centre de la Bretagne. Le comédien et conteur de la compagnie Mouton Major aime la campagne — et il y vit — mais il n’a jamais souhaité devenir agriculteur, comme son père. Il connaît la dureté du métier, les contraintes, les pressions, la nocivité des produits utilisés, le pouvoir du secteur agroalimentaire… Pendant le confinement, il a commencé à écrire sur le monde agricole en se demandant quel agriculteur il serait aujourd’hui. Dans Mon Père avait trois vaches, présenté durant cette saison en Normandie, Yves-Marie Le Texier dresse le portrait de cinq exploitants sans porter de jugements. Entretien.
Quels souvenirs avez-vous encore de cette vie à la ferme ?
Ces souvenirs font partie de moi. Ils sont là comme des souvenirs d’enfance. Et ce sont des souvenirs positifs et agréables qui prennent différentes formes. Il y a les odeurs, les ambiances, les gens… Plein d’images m’accompagnent. Dans une ferme, on participe toujours un peu et de plus en plus quand on grandit. On participe à la traite des vaches, on conduit le tracteur, on ramasse des cailloux. Cette ferme était un grand terrain de jeux formidable dans les hangars avec la paille, autour de la maison où il y avait un bois, une rivière. Je pouvais partir une journée entière avec mon pique-nique.
Est-ce que vous aviez conscience des problèmes rencontrés par votre père ?
Je les entendais sans me rendre compte précisément ce qu’ils représentaient. Enfant, il m’est arrivé à l’école de comprendre qu’un parent d’élève s’était donné la mort. Cela marque. Chez mes parents, j’étais assez protégé. Néanmoins, on comprend très vite que le métier d’agriculteur dépend de beaucoup de facteurs, notamment de la météo. Quand mon père ne pouvait pas faire les semis ou la récolte parce qu’il pleuvait trop, il y avait une certaine tension à la maison. Il y avait aussi les variations du prix du lait, la maladie d’une vache. En fait, les agriculteurs sont contraints à divers aléas, qu’ils soient météorologiques, environnementaux, économiques… Tout cela rythme la vie. Quand on vient de ce milieu-là, cette réalité vous colle à la peau. J’ai cette manière de faire ancrée en moi. Je la garde dans la gestion de la compagnie. Je ne dépense pas plus que je n’ai.
Y a-t-il eu un événement particulier qui a déclenché l’écriture du spectacle ?
Il y en a eu plusieurs. J’avais en tête de parler du monde agricole depuis très longtemps. C’est mon milieu et c’est une matière formidable. J’aime aussi l’histoire, la géographie, la sociologie, l’ethnologie… J’ai commencé à écrire à la fin des périodes de confinement. À la campagne, il est important de bien s’entendre et de bien s’écouter. À ma porte, il y a des champs où on continuait à pulvériser des produits pendant les confinements. Je pensais qu’il y avait moyen de s’entendre sur les temps d’épandage alors que nous devions rester chez nous. Or l’échange était impossible. Quand vous parlez, vous êtes vite taxé d’écolo-gauchiste qui n’a pas voix au chapitre. Sauf que nous faisons partie d’un même tout. Il y avait peut-être un ras-le-bol. Je me suis demandé ce que je pouvais faire. La réponse a été : du théâtre. Alors j’ai commencé à écrire pour parler de ces hommes et de ces femmes et de ce système qui ne vous laisse pas forcément maître à bord.
Il y a votre vécu. Êtes-vous également allé chercher des témoignages ?
Je suis allé rencontrer des gens pour les comprendre. J’ai beaucoup potassé des documents, vu des documentaires. Et j’ai écrit une fiction, une pièce de théâtre avec cette idée d’être réaliste et sans être dans la caricature. Ce sont cinq profils d’agriculteur que j’aurais pu devenir si j’avais fait ce choix à la sortie du lycée. Trente ans plus tard, où en sont-ils ? Reprendre la ferme de ses parents, c’est devenir l’héritier d’une lignée. C’est lourd à porter parce que vous devez faire au moins aussi bien que vos parents.
Ces cinq agriculteurs ont chacun leur vision de leur métier.
Oui, c’est cinq manières de faire. J’ai voulu proposer un éventail de ce qui se fait aujourd’hui : le bio, l’intensif, le bio intensif… Ce sont des chefs d’exploitation agricole, impliqués, passionnés par leur boulot, qui n’ont pas les mêmes impératifs. J’aurais pu être un de ces agriculteurs-là.
Quel retour du public avez-vous après la représentation ?
Il y a énormément d’échanges qui durent parfois plus longtemps que le spectacle. Cela m’a beaucoup impressionné les premiers temps. Je ne m’y attendais pas. Je vois l’émotion du public. Le sujet touche et le public a besoin de venir le dire. Chacun témoigne de sa propre histoire.
Infos pratiques
- Vendredi 2 octobre à 20h30 à l’Archipel à Granville. Tarifs : de 16 à 6 €. Réservation au 02 33 69 27 30 ou en ligne
- Samedi 3 octobre à 19 heures au théâtre Roger-Ferdinand à Saint-Lô. Tarifs : 18 €, 14 €. Réservation au 02 33 57 11 49 ou en ligne
- Mardi 6 octobre à 20h30 au théâtre de Couterne à Rives d’Andaine. Tarifs : 10 €, 5 €. Réservation au 02 33 38 56 66 ou en ligne
- Jeudi 12 novembre à 20h30 au Cube à Douvres-La-Délivrande. Tarifs : de 20 à 12 €. Réservation au 02 61 53 60 31 ou en ligne
- Vendredi 8 janvier à 20 heures au Piaf à Bernay. Tarifs : de 8 à 6 €. Réservation au 02 32 46 64 47 ou à billetterie.piaf@bernay27.fr
- Samedi 9 janvier à 20 heures à la Maison des associations aux Préaux. Tarifs : de 8 à 3 €. Réservation au 02 32 41 81 31 ou en ligne
- Mercredi 3 février à 20h30 au cinéma-théâtre à Villedieu-les-Poêles. Tarifs : de 10 à 5 €. Réservations au 02 33 61 00 16
- Mardi 6 et mercredi 7 avril à 20 heures au Rayon vert à Saint-Valery-en-Caux. Tarifs : de 12 à 5 €. Réservation au 02 35 97 25 43 ou en ligne
- Jeudi 8 et vendredi 9 avril à 20 heures à la chapelle Saint-Louis à Rouen. Tarifs : de 17 à 3 €. Réservation au 02 35 98 45 05 ou en ligne
- Durée : 1h10
