Il a fallu cinq années de travail à une trentaine de professeurs de Lettres, dirigés par Danielle Girard et Yvan Leclerc, pour réunir la correspondance de Gustave Flaubert et la mettre en ligne. 4 450 lettres adressées à 272 destinataires dont sa nièce, Caroline, George Sand, Louis Bouilhet, sont en accès libre.

Seulement six livres importants mais 4 450 lettres ! La correspondance de Gustave Flaubert est immense et plurielle. Selon Yvan Leclerc, flaubertien et ancien professeur de Lettres modernes à l’université de Rouen, il en manque environ mille. « Certaines ont été détruites — Louis Bouilhet a tout brûlé à la fin de sa vie en raison du langage cru de Flaubert. D’autres restent chez des particuliers qui ne souhaitent pas les voir publier. En moyenne, nous découvrons dix nouvelles lettres chaque année ».

Flaubert a donc beaucoup écrit. « A Croisset, il vivait comme un bénédictin avec sa mère. Elle s’occupait de tout. Il ne voyait personne mais il envoyait des lettres. Il écrivait surtout le soir vers 1 heure du matin. Sa journée se déroulait de cette manière : quand il se réveillait, il tapait sur le mur et sa mère lui faisait apporter son petit-déjeuner et le courrier. Il déjeunait ensuite très tôt, vers 11 heures, puis faisait la sieste entre trois et cinq heures. Après, il travaillait jusqu’à 1 heure du matin. Il devait faire une pause pour le dîner. Après, il s’occupait de son courrier », indique Yvan Leclerc.

272 destinataires

Les 4 450 lettres sont désormais en ligne. Et ce, grâce à un travail de cinq années menés par une trentaine de professeurs, dirigés par Danielle Girard, professeur de Lettres classiques, et Yvan Leclerc. Elles sont consultables par tous par ordre chronologique, par destinataires, par lieu de rédaction ou de conservation et aussi par thème (l’homme, la personnalité, l’écrivain, les œuvres)

4 450 lettres qui ont été envoyées à 272 destinataires. C’est sa nièce, Caroline Commanville qui en a reçues le plus : 528. « Flaubert la considérait comme sa propre fille. Il était tendre et signait parfois ta nounou ». Il y en a eu 281 pour Louise Colet, poétesse et grande confidente, 221 pour George Sand. « Quand Flaubert écrit à une femme, il a une vraie considération. Les lettres adressées à George Sand montre une égalité littéraire. Même s’il a les préjugés des hommes de son temps, il n’est pas méprisant. Il est moins atteint que les autres. D’ailleurs, Flaubert reconnaît sa part féminine et avoir les deux sexes de l’esprit ».

Une correspondance littéraire

Ces lettres, « c’est du premier jet, du Flaubert spontané. Il y a peu de ratures. La correspondance de Flaubert reste la plus littéraire. Dans ces écrits, il est essentiellement question de littérature. Quand il travaille sur Madame Bovary et qu’il met en place un principe esthétique, il théorise. Flaubert établit une frontière entre la vie privée et la vie publique. L’auteur ne doit pas apparaître. On ne doit pas connaître son opinion. C’est un labo de l’œuvre. On suit parfois jour après jour l’avancée du livre ».

Dans certaines lettres, on ressent un Gustave Flaubert « encombrant. Il était bâti comme un Viking. Il mesurait 1,90 mètres, pesait 120 kilos à la fin de sa vie et avait une sensibilité d’artiste. Son médecin le surnommait : la vieille femme hystérique. Il pouvait être irascible, colérique contre le bourgeois, la bêtise universelle. Quand il tonnait, il écrivait en majuscule des HENAURME avec plusieurs points d’exclamation. Quand on lit, on entend sa voix », remarque Yvan Leclerc. Flaubert pouvait être grossier, vulgaire et drôle. Notamment quand il imite le style hugolien dans ses lettres avec Victor Hugo, un écrivain qu’il admirait.

Pas de grande révélation dans cette correspondance mais des confirmations et notamment des corrections. Gustave Flaubert n’indiquait jamais la date précise dans sa correspondance, juste le jour de la semaine. Prochain travail : la publication des lettres adressées à l’auteur de Bouvard et Pécuchet afin de construire un dialogue épistolaire.