photo Olivier Bonnet

photo Olivier Bonnet

Dominique Boivin et Philippe Priasso se connaissent depuis 35 ans. Danseurs et chorégraphes de la compagnie Beau Geste, ces deux belles figures de la danse, fantaisistes et inventives, se retrouvent sur un même plateau, autour d’une table. Là, ils jouent ensemble Cartes sur table, une toute nouvelle proposition chorégraphique présentée vendredi 28 et samedi 29 novembre au Dancing à Léry. Entretien avec Dominique Boivin.

 

On décide de mettre cartes sur table lorsque l’on souhaite établir un bilan ou régler un différend. Quel est votre objectif ?

Il y a un désir de poser sur la table, un objet commun, banal, universel, des sujets d’actualité ou plus anciens en les rendant poétiques. Avec Philippe, ce sont 35 ans de vie de compagnie, de partages, d’échanges d’idées. Cette pièce que nous avons travaillée entre deux spectacles est un prétexte à danser, à raconter l’histoire de deux personnes qui ont bourlingué et qui se retrouvent après 15 ans de vie séparée. Philippe qui est davantage concentré sur le spectacle Transports exceptionnels va partout dans le monde.

 

Au bout de 35 ans, qu’aviez-vous envie de vous dire ?

35 ans ont passé. Où en sommes-nous ? Où en est ton corps ? Où en est le mien ? Ce sont nos corps qui racontent avec la table. Ce spectacle est même un trio puisque la table est l’endroit où se crée l’intrigue.

 

Où en est votre corps ?

Vieillir est commun à tout le monde. Le spectacle n’est pas une histoire d’ego mais une affaire politique. C’est bien de voir des corps qui vieillissent. La vie passe. J’ai ressenti à 30 ans que j’avais moins d’énergie. Il faut alors chercher l’énergie ailleurs grâce à diverses astuces. C’est intéressant artistiquement. Le pire serait de faire illusion d’être quelqu’un qui cherche à tout  cacher et qui se perd dans la sphère de l’âge.

 

30 ans a donc été un cap ?

Oui peut-être parce que la tête prend plus d’importance que le reste du corps. Quand on est jeune, on se lance sans comprendre, sans se demander pourquoi on bouge. Il y a un réel désir d’être dans l’action. Ensuite, la tête commence à poser des questions. Elle exige parfois les raisons de telle action ou de tel mouvement.

 

Comment réconcilier la tête et le reste du corps ?

Aujourd’hui, je ne réfléchis pas plus mais différemment. Comme si la tête et le reste du corps étaient devenus plus complices. C’est ce qui est beau dans la vieillesse. Il y a une sorte de compagnonnage. Pour bien vieillir, il faut rester ami avec son corps.

 

Donc mieux se connaître ?

Oui, c’est tout à fait ça : apprendre à se connaître. C’est pour cela que les danseurs sont vigilants. Dès qu’ils ont un problème, ils s’étirent plus, ils boivent plus… De toute façon, le corps parle et le danseur est obligé de faire attention à lui, d’être attentif. Cartes sur table aborde ses sujets, pas de façon frontale ou littérale.

 

Est-ce que vous vous êtes bien amusés ?

Oui, nous avons eu des moments de fous rires. Quand on écrit, quand on répète, on repère toujours les défauts et les qualités de l’autre et cela fait bien rire. Cartes sur table est aujourd’hui une étape de travail aboutie dans laquelle j’ai voulu apporter un côté mélancolique. Les musiques d’opéras créent une dramaturgie. Au fil du temps, ce spectacle va évoluer. On laisse faire et on construit.

 

 

  • Vendredi 28 et samedi 29 novembre à 20h30 au Dancing, Ile du Roy à Léry. Tarifs : de 15 à 10 €. Réservation au 02 32 59 44 24 ou sur www.theatredeschalands.com