Georges et moi… Moi, c’est Alexis HK qui n’a jamais caché son attachement à Georges Brassens. Auteur facétieux, chanteur espiègle, il réveille les oreilles depuis plus d’un an et demi avec la reprise du répertoire de l’artiste, originaire de Sète. Pas d’imitation lors de ce concert. Alexis HK a évité cet écueil. Il a imaginé une conversation fantasmée entre Georges et lui. Il lui raconte le monde d’aujourd’hui. Georges lui répond avec ses titres irrévérencieux. Ensemble, ils parlent de liberté, des femmes, des vieux, des cons. C’est intelligent et drôle. Alexis HK chante vendredi 3 mars à Juliobona à Lillebonne. Entretien.

 

Qu’est-ce que Georges Brassens a à nous dire aujourd’hui ?

Je pense qu’il serait comme nous : consterné par le degré basique et populiste des choses. Comme tous les grands poètes, il aurait le recul sur tout cela. Ce n’est pas la première fois que nous nous retrouvons dans cette situation-là. Les choses semblent se répéter mais rien n’est fait, si on aborde les prochaines élections. Avoir du recul, c’est regarder ce qu’il y a de plus beau dans notre époque. Là, on peut se dire qu’il y a encore de l’espoir.

 

On parle beaucoup de restrictions des libertés aujourd’hui. Comment Georges Brassens évoquait ce thème ?

Il vivait à une époque castratrice pour les libertés. Il a commencé à chanter en 1952. On sort juste de la guerre. Il y a une soif de liberté. Brassens a écrit des chansons qui ont été censurées. A chaque fois, il a essayé de contourner les interdits. Les époques changent mais les interrogations restent les mêmes. Comme celle de la liberté, des libertés, de ceux qui veulent les empêcher.

 

Il a beaucoup écrit aussi sur les femmes.

Brassens a souvent été accusé de misogynie. De façon injuste, je pense. Hier, aujourd’hui et demain, il y aura toujours un travail à faire sur l’égalité entre les hommes et les femmes. Brassens préfigure une pensée de libération de la femme qui reste encore fragile. Il ne faut pas oublier qu’il a chanté 95 fois sur 100 la femme s’emmerde en baisant. Il se moque des hommes qui veulent jouer les coqs imbéciles.

 

Est-ce que Georges Brassens était un homme engagé ?

Je pense que l’engagement de Georges Brassens n’était pas politique. Il était un poète engagé philosophiquement. C’était un homme attaché aux libertés individuelles. Pour lui, chaque personne doit pouvoir prendre les rênes de sa vie, avancer sans emmerder ses voisins et en harmonie avec le monde qui l’entoure. Chez Brassens, il y avait un vrai engagement humaniste. Il ne se serait jamais engagé dans un parti. Il avait des idées, un idéal.

 

Quel regard portait-il sur son époque ?

Brassens avait un regard un peu caustique. En même temps, il avait beaucoup de tendresse pour les personnes. Comme je le disais, il a vécu à un moment où on pouvait être censuré, où le poids de la religion était important. Il s’est régalé à démolir ces tabous.

 

Quel plaisir avez-vous à reprendre ce répertoire ?

Je prends beaucoup de plaisir. Pour savourer ce plaisir, il faut que les mots deviennent des friandises. Je chante comme je mange un bonbon. Les chansons de Brassens ont un rythme, une structure logique, mathématique mais elles peuvent encore surprendre. C’est toute la magie des belles choses. On peut encore se faire avoir.