photo Aglaé Boy

Avec Espæce, interprété jeudi 12 et vendredi 13 janvier au Volcan au Havre, Aurélien Bory ne présente pas une thèse sur Georges Perec, ne raconte pas la vie de l’écrivain. Le circassien, metteur en scène et fondateur de la compagnie 111, s’est inspiré de toute une œuvre, part de l’ouvrage Espèces d’espaces pour créer un spectacle poétique. Les cinq interprètes, Olivier Martin-Salvan, Claire Lefilliâtre, Katell Le Brenn, Guilhem Benoît et Mathieu Desseigne-Ravel, issus de milieux artistiques différents, se confrontent dans une scénographie mouvante et mènent sur les traces d’un auteur mystérieux.

 

Parcourir l’œuvre de Georges Perec, n’est-ce pas un long voyage ?

Absolument. Je connaissais quelques livres, l’écrivain, l’auteur de l’Oulipo… En découvrant Espèces d’espaces en 2005, je me suis rendu compte que cet ouvrage était très autobiographique et relié à toute l’œuvre de Perec. Cela m’est apparu comme une entreprise très vaste, un travail au long cours. Perec parle de tous les domaines. Tout est très riche et très libre. Je ne savais pas vraiment à quoi pouvait ressembler le spectacle. Mais il me fallait connaître toutes les strates de l’œuvre de Perec parce que je ne voulais faire une adaptation d’Espèces d’espaces.

 

Comment avez-vous digéré toutes vos lectures ?

J’ai inventé un processus de création. J’ai réalisé une suite de brouillons, de fulgurances. Pendant une semaine, je travaillais avec l’équipe. A l’issue, nous montrions une forme de 30 minutes. Cela a permis de récolter une matière.

 

Et aussi de constituer une équipe.

Dans ce projet, j’ai voulu des rencontres. Comme Perec. Il avait le goût des rencontres et a beaucoup collaboré avec divers artistes. Ce spectacle a aussi permis de créer une famille. Ce qui renvoie au Perec orphelin. Lui qui n’a cessé d’essayer de construire une famille, notamment au sein de l’Oulipo, de laisser une trace.

 

Tel le Perec orphelin, vous avez dû combler le vide du plateau avec ce spectacle. Comment l’avez-vous comblé ?

Je suis parti de la première phrase qu’écrit Perec dans Espèces d’espaces : « l’objet de ce livre n’est pas exactement le vide, ce serait plutôt ce qu’il y a autour ou dedans ». Si on remplace le mot vide par espace, la phrase devient plus compréhensible. En fait, Perec parle de son manque à l’intérieur de lui. Sa mère a été déportée alors qu’il était enfant. Il n’a plus de souvenir d’elle. Je suis donc parti du vide de l’espace scénique, d’une page blanche. Le théâtre, c’est une espèce d’espace.

 

Quelle part de mystère de Perec développez-vous ?

Il y avait en effet beaucoup de mystère dans l’œuvre de Perec. Le spectacle est d’ailleurs très mystérieux mais la dramaturgie est simple. Avec Espæce, on met l’espèce dans l’espace. Vivre, c’est passer d’un espace à un autre. Les cinq personnages vont essayer d’y parvenir. Au fil du temps, cette famille qui tente d’habiter l’espace va disparaître avec lui. Ils se font engloutir. Reste alors l’espace imaginaire.

 

  • Jeudi 12 janvier à 19h30 et vendredi 13 janvier à 20h30 au Volcan au Havre. Tarifs : 23 €, 9 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 19 10 20 ou sur www.levolcan.com