Les rencontres s’enchaînent à l’Omnia. Le cinéma rouennais a accueilli samedi 26 septembre Samuel Benchetrit, son fils, Jules, et Gustave Kervern. Tous les trois étaient là pour parler d’Asphalte, un film férocement drôle qui sort mercredi 7 octobre.

 

Asphalte_affiche filmL’asphalte, c’est noirâtre. C’est sale. Ça pue… C’est l’image très souvent renvoyée de la banlieue. Samuel Benchetrit la détruit dans son nouveau long métrage, Asphalte, empreint de désespoir joyeux. « J’avais envie de parler de la banlieue autrement. On y porte un regard dur, comme sur les Roms. On ne peut pas tout le temps punir, bannir. C’est vrai qu’il y a de la colère mais c’est normal. Ces gens-là sont dans la merde. Dans la banlieue, il se passe autre chose que de la violence et naît beaucoup de choses positives ».

 

Asphalte, une adaptation de quelques Chroniques de l’asphalte, des souvenirs d’enfance qu’il a écrits, Samuel Benchetrit raconte trois rencontres, aussi belles qu’improbables avec un ton décalé et savoureux. Tout commence par une réunion d’habitants d’un immeuble vétuste, planté au milieu d’une cité abandonnée. Tous ont des mines cafardeuses et sont là pour évoquer les problèmes avec l’ascenseur. « Dans les immeubles, les ascenseurs sont toujours en panne. C’est normal. Il y a une surpopulation. Les moteurs ne fonctionnement pas très longtemps ».

 

Les habitants se mettent d’accord pour rénover l’ascenseur. Sauf un, M. Sternkowitz. Lui habite au premier étage et ne comprend pas pourquoi il devrait payer pour un équipement qu’il n’utilise pas et n’utilisera jamais. Stupeur chez tout le monde qui accepte cependant sa décision. En contrepartie : il n’aura pas l’autorisation d’utiliser l’ascenseur.

 

 

 

Or, ce grand gaillard se retrouve dans un fauteuil roulant après un accident cardiaque en faisant du vélo d’appartement. M. Sternkowitz n’a pas d’autres choix que d’emprunter l’ascenseur pour notamment faire ses courses. Il va alors noter les horaires d’entrées et de sorties de ses voisins pour pouvoir, à son tour, quitter et revenir à son appartement sans être vu… Lors de ses escapades nocturnes, il va rencontrer une infirmière, timide, introvertie dont il va tomber amoureux.

 

Autre duo : celui, très émouvant, entre Madame Hamida et un astronaute qui a malencontreusement atterri dans la cité avec sa capsule. Madame Hamida, (formidable Tassadi Mandit, « touchante et généreuse »), originaire de Kabylie, accueille John McKenzie qui va lui apporter quelques couleurs dans cette vie triste. Ils ne parlent pas la même langue mais apprennent à s’apprivoiser. Pas facile pour cet Américain qui se retrouve chez une femme de confession musulmane quelque temps après le 11 septembre.

 

Il y a enfin ce tête-à-tête très drôle entre Jeanne Meyer, une actrice des années 1980 à la recherche d’un nouveau succès, et un adolescent livré à lui-même. Il va tenter de redonner confiance à cette femme. Isabelle Huppert prend un malin plaisir à jouer cette femme déprimée qui veut encore garder la tête haute. Samuel Benchetrit a confié le rôle de Charly à son fils. « J’avais un peu peur au début. Sur le tournage, Isabelle Huppert a été fantastique. C’est incroyable tout ce qu’elle dégage. Avec elle, tout s’est fait tout seul », confie Jules Benchetrit.

 

Asphalte, ce sont ces trois histoires, ces solitudes. « Ils sont tous laissés à l’abandon. Dans ces trois duos, il y a aussi quelque chose autour de la mère. On empêche à Madame Hamida d’être une mère puisque son fils est en prison » et devient une mère de substitution à l’astronaute. « L’infirmière est aussi comme une mère pour M. Sternkowitz ». Charly qui correspond seulement avec sa mère par petits mots laissés sur un coin de table trouve en Jeanne Meyer une complice. Les trois couples ne se croiseront jamais. Pour le réalisateur, « la rencontre est dans le sentiment ».

 

On entre dans l’immeuble comme dans un petit monde absurde où chacun fait avec ses travers, ses angoisses, ses doutes, ses joies et ses peines. C’est un regard tendre et poétique que porte Samuel Benchetrit tout au long de ce film.

 

 

photo Paradis Films

photo Paradis Films

Avec Gustave Kervern

Dans Asphalte, Gustave Kervern, en plein montage de Saint-Amour, un film tourné avec Benoît Poelvoorde, Gérard Depardieu et Vincent Lacoste, joue le rôle de M. Sternkowitz, l’homme du premier étage, égoïste, bourru, aigri qui peine à exprimer ses sentiments. Lorsqu’une infirmière de nuit vient l’aborder, il se présente comme un photographe et se cache derrière son appareil.

Votre rôle est très physique. Vous faites du vélo, vous parcourez la cité en fauteuil roulant et vous tentez de remarchez. Qu’est-ce qui a été le plus difficile ?

C’est faire du vélo. Je devais faire semblant de pédaler et montrer que j’étais presque mort. En fait, je devais pédaler sans bouger. J’en ai bavé. Je être crédible et pas ridicule. Comme d’habitude, j’ai fait tout cela avec mon cœur.

Draguer une infirmière de nuit, est-ce aussi compliqué ?

Draguer une fille reste le plus dur. C’est le problème n°1.

Est-ce plus facile avec un appareil-photo ?

Je ne sais pas mais ça marche.

 

 

  • Asphalte de Samuel Benchetrit, avec Samuel Benchetrit, Valeria Bruni Tedeschi, Isabelle Huppert, Gustave Kervern, Tassadi Mandit, Michael Pitt… Sortie mercredi 7 octobre.