Daniel Picouly est en visite à L’Armitière à Rouen mardi 13 novembre pour son dernier livre Quatre-vingt-dix secondes (Albin Michel). Il faut beaucoup plus de temps pour lire cette truculente évocation de la tragique éruption de la montagne Pelée…

photo Astrid di Crollalanza

« Ce matin, j’ai besoin d’une mort propre et civilisée. Au moins une. Car bientôt, je vais tuer de façon sale et barbare. » C’est Daniel Picouly qui écrit mais c’est la montagne qui parle. Comme une déesse outragée qui se prépare à semer le chaos sur terre. Car, en ce 8 mai 1902, le volcan de la Martinique se prépare à ravager Saint-Pierre. Trente mille âmes avant, 3, après… Et puisque l’on est dans les chiffres, 90 secondes, c’est le temps qu’il faudra au fameux volcan pour terminer le boulot.

Plutôt que de se mirer dans la désolation de la tragédie, le facétieux Picouly – arrivé dans les 8 finalistes du Goncourt – embarque dans Quatre-vingt-dix secondes le lecteur dans une évocation échevelée des derniers instants du « petit Paris des Antilles ». Le point de départ : un duel entre le beau Othello et un tueur salement engagé par un barbon jaloux. De là, c’est le portrait de la société martiniquaise de l’époque que l’on découvre sous la plume du prix Renaudot 1999 ; un auteur lui aussi chauffé à pleins ballons. La société locale avec ses notables… « (sa femme Hélène) a sauvé Louis Guillaume Mouttet d’une carrière médiocre dans l’administration coloniale entachée très tôt d’un scandale libertin. Cette corbeille miraculeuse s’est avérée un véritable filet garni pour lui. Le devenu gouverneur y a trouvé une dot confortable, un oncle député, une particule, un caractère bien trempé de fille de pasteur au physique incertain surtout sous le tulle. Incertain mais tenu. » A l’autre bout du spectre, les lavandières « ces femmes trop charnues et luisantes pour être honnêtes. »

Le tout dans une sarabande ébouriffée. N’ayons pas peur des paradoxes… Le diable d’homme et sa montagne furibarde tiennent le lecteur en haleine jusqu’au final. Forcément explosif…

Hervé Debruyne

  • Mardi 13 novembre à 18 heures à la librairie L’Armitière à Rouen. Entrée libre.