C’est une chanteuse à la voix vibrante. Hindi Zahra est une des têtes d’affiche de Rush. Difficile de définir le style de l’artiste franco-marocaine tant elle joue avec les couleurs soul, folk, blues, orientales… Sa musique est un pur voyage qui peut être mélancolique ou empreint de folie. Pour cette nouvelle édition de Rush, Hindi Zahra a aussi participé à la programmation de la nouvelle édition du festival du 106 à Rouen. Trois jours de musique, du 19 au 21 mai sur la presqu’île Rollet, sur le thème de l’exil avec des artistes sans frontière et d’une immense générosité. Entretien avec Hindi Zahra.

Quel a été votre premier sentiment à la proposition du 106 ?

J’étais super contente. Pour moi, cette proposition me permettait de faire quelque chose de totalement nouveau. Travailler sur la programmation d’un festival, c’est l’occasion de faire venir des groupes dont on aime la musique.

Que pensez-vous du thème retenu, l’exil ?

Le thème donne une direction et permet d’aller vers des artistes qui sont dans cette histoire. Ce n’est une thématique vaste. L’exil, c’est juste quitter un endroit pour un autre. Par choix ou par obligation. Cependant, le thème de l’exil me renvoie à mes origines, à ma vie. J’ai toujours connu le voyage. Il fait partie de ma vie. En fait, je ne suis pas née d’où je viens. Je suis certes née dans le nord du Maroc mais je n’ai rien là-bas, je n’ai pas d’amis d’enfance parce que j’ai grandi ailleurs. Du coup, je n’ai pas de chez moi.

Est-ce douloureux ?

Non parce que je le vis plus comme un avantage que comme un manque. Je sais m’adapter aux endroits où je vais, à n’importe quelle culture. Je pense que les gens qui n’ont pas de chez eux ont une plus grande capacité d’adaptation. C’est très bénéfique pour le cerveau. On a plus de souplesse. Comme les enfants qui apprennent très jeunes plusieurs langues. Ils ont un cerveau qui assimilent énormément de concepts, de grammaires et d’idées.

Est-ce qu’il est possible de se créer un chez soi intérieur ?

C’est tout le thème de mon album, Homeland. C’est difficile de traduire ce mot. C’est un chez soi, un endroit pour lequel on a un véritable attachement. Je pense que le chez soi est en soi. Et cela se construit au fil des années. On se crée un véritable espace à l’intérieur de soi. C’est le plus important car le territoire extérieur est fictif. Pasolini disait : « je ne peux pas me définir à l’intérieur de moi parce qu’il n’y a pas de fin ». Dans cet intérieur, il y a beaucoup plus d’espace et on peut y trouver la paix si on parvient à faire face aux parties sombres qui résistent en nous.

« La musique permet de libérer des émotions »

Est-ce qu’entretenir ce chez soi favorise la création ?

Quand on crée, il y a beaucoup de présence à soi et de soi. Je pense notamment au monde des rêves, au monde infini des rêves.

Vous écrivez et vous peignez. Quel lien établissez-vous entre l’écriture et la peinture ?

C’est différent. On est à deux endroits différents. La peinture est vraiment une conquête de soi. Elle fait appel à des choses qui sont lyriques en soi, voire magiques. Quant à la musique, elle permet de libérer des émotions, des choses qui sont immatérielles. On a parfois de vraies difficultés à les atteindre. Avec la musique, on est dans le partage avec les autres, dans une émotion universelle.

Peut-on dire quand même que vos chansons sont des tableaux ?

Oui dans le sens où je choisis une couleur pour chaque chanson. Ce qui me permet d’atteindre une émotion.

Est-ce que la musique permet de se construire un chez soi ?

Oui mais elle n’est pas le seul outil. Il y en a tellement. Pourtant on ne leur prête guère d’importance. La réalité est un mal court à porter. Pour s’en extraire, l’artiste propose quelque chose proche de l’éther. C’est léger. La vie, la mort, le sens de la vie, la raison de soi dans ce monde… tout cela est inscrit comme une espère de fantôme. Chaque jour, nous devons faire face à cette réalité. Je crois en l’art. Comme je crois en la nature.

 

 

 

 

La nature est en effet très présente dans votre travail.

Nous oublions que nous sommes la nature. C’est assez terrifiant. La destruction commence dans le corps et dans l’esprit. La nature guérit. C’est un espace magique. Les plantes peuvent lire nos pensées. Ce qui est intéressant dans le choix du lieu du festival, c’est cet îlot de verdure face à un port industriel.

Pour vous, la musique doit « injecter de la foi ». Que voulez-vous dire ?

Pour moi, il y a une seule chose primordiale, c’est la croyance. Pas la religion mais la foi qui nous relie à la nature. Aujourd’hui, beaucoup sont dans des combats d’existence matérielle mais ils en voient vite le bout. Et la foi ? C’est la foi en l’homme, en l’amour, en soi, en une vie éternelle…

En l’espoir alors ?

Absolument. Une vie vécue sans espoir doit être d’une tristesse absolue. J’ai toujours lié la foi à la vie.

Lorsque vous avez évoqué la programmation de Rush, y a-t-il eu des évidences ?

Titi Robin a été une évidence. C’est un artiste qui a une grande carrière, qui voyage beaucoup. Son travail avec Mehdi Nassouli, musicien marocain, est merveilleux. Je trouve qu’il n’a pas assez de reconnaissance. Aeham Ahmad, le pianiste syrien que j’ai découvert à travers une vidéo, est une magnifique démonstration de ce qu’est la foi. Ce sont deux projets qui me tenait à coeur. Tout comme Fawzy Al-Aeidy, conteur irakien qui narre des histoires pour les enfants. Sa venue est importante pour moi. L’acceptation des autres commence dès l’enfance.

Vous avez aussi choisi des projets qui mêlent différentes cultures, comme la collaboration entre Cheveu et le Groupe Doueh.

C’est ce que j’essaie de faire dans ma musique. Je construis des ponts. Il faut aussi faire des liens avec l’histoire. Nous sommes tous reliés. C’est important de nous souvenir de nos origines. De tous temps, les cultures cohabitent, s’entremêlent. Il y a de la place pour toutes les cultures et il y a de la place pour le métissage.

 

  • Du 19 au 21 mai sur la presqu’île Rollet à Rouen. Festival gratuit.
  • Programme complet sur http://rush.le106.com