En visite à La Galerne au Havre mercredi 3 avril, Jean-Paul Kauffmann présente son dernier livre. Un singulier voyage à Venise pour un auteur décidément pas comme les autres. Avec en prime, toujours cette écriture remarquable.

« Je dois presque tout à l’Italie ». Sous la plume d’un autre, ces mots pourraient n’avoir que la fadeur du convenu. Mais Jean-Paul Kauffmann n’a que faire des postures et des compromis. « Au bonheur, je préfère l’allégresse que me procure chaque séjour dans ce pays. Vision d’un éternel été, sentiment d’une plénitude qui m’envahit aussi bien à la terrasse d’un restaurant le soir que dans un palais ou une église plongée dans la pénombre. J’aime presque tout. Même la sirène de la police répand à mes oreilles un son flûté et mélodieux quoique un peu mélancolique. »

Kauffmann est un homme libre. Lui qui a connu l’enfermement et côtoyé la mort – il a été détenu en otage 3 ans au Liban – il avance, discret, déterminé au gré de passions originales dont le point commun est sans doute qu’elles réclament un labeur infini.

Comme une enquête

Dans Venise à double tour (Equateurs), il s’échine cette fois à découvrir les édifices religieux méconnus de la Cité des Doges. « Vous voyez, c’est ce genre d’églises qui m’intéresse, les inaccessibles, les impénétrables, les interdites. » Hommage au passé : « Vieille habitude, je vais voir l’église pour y vérifier la substance de ce silence. Il me faut toujours le mesurer à l’église de mon enfance, là où tout a commencé : mes premiers émois esthétiques, la musique et le chant, l’odeur de l’encens (…) » Une quête âpre dans une ville à la beauté inouïe et livrée aux touristes qui sait pourtant ce que discrétion veut dire. Plus encore qu’une quête, une enquête car le cheminement est lent, fait de hasards au détour des ruelles, de rendez-vous diplomatiques avec l’Église, de pistes improbables…

Et là encore, comme il nous y a habitués, Jean-Paul Kauffmann nous embarque dans ce drôle de récit au suspense que l’on croit, dans un premier temps, soutenable. Mais c’est en fait le geste d’un observateur sensible et méticuleux à la recherche de quelque chose d’absolu et de définitif.

Hervé Debruyne

Infos pratiques

  • Mercredi 3 avril à 18 heures à La Galerie au Havre. Entrée libre