Ce sera certainement l’un des plus beaux spectacles de la saison du CDN de Normandie Rouen. Les Lettres d’amour, un montage de textes d’Ovide qui donne la parole aux femmes et d’Évelyne de la Chenelière, émeut, bouleverse, touche au plus profond de chacun. Tout est sensoriel. Il y a tout d’abord la mise en scène de David Bobée toujours subtile pour faire parler les corps. Il y a aussi la présence de Macha Limonchik, comédienne lumineuse qui porte avec une immense beauté la souffrance et la fragilité d’une femme délaissée par l’être aimé. Elle traverse diverses émotions, passe de la passion à de la tendresse pour aller jusqu’à la rage. Des états d’âme soulignés par Dear Criminals. Dans ce corps blessé, c’est une tempête qui sommeille et qui va s’abattre. Une femme se réfugie dans sa chambre et écrit une lettre d’amour à un homme absent. L’acrobate Anthony Weiss symbolise ce corps idéalisé et réalise un travail époustouflant aux sangles. Entretien avec Macha Limonchik, comédienne québécoise très connue au théâtre et à la télévision.

 

Comment avez-vous appréhendé ce personnage ?

En fait, je n’ai pas travaillé ce personnage. J’ai reçu ces lettres. Je les ai lues. Avec David, nous les avons explorées. Il n’y a pas eu d’approche psychologique. Je suis cette femme. Elle vit ce que je peux donner sur scène à 20 heures au théâtre. J’essaie de ne pas faire d’esbroufe. Je veux être entière, authentique. Surtout ne pas tricher. Nous avons ainsi beaucoup travaillé sur cette vérité. Je suis habituée à cette façon de faire qui n’est pas classique. Au Québec, il y a beaucoup d’auteurs, de jeunes auteurs. On a un texte. Le metteur indique quelle direction prendre et on explore un terreau. Avec Robert Lepage, on invente les spectacles au fur et à mesure.

 

Est-ce la première fois que vous êtes la seule comédienne sur scène ?

Oui, c’est la première fois et c’est vertigineux. Je suis dans un état de petite panique pendant la journée. J’ai accepté ce projet parce que je ne suis pas vraiment toute seule sur scène. Seule, c’est trop difficile. Je n’ai pas tant de courage. Je n’ai jamais rêvé faire cela. Dans la vie, je suis quelqu’un d’assez solitaire. Sur scène, j’aime bien être entourée de monde. Dans Les Lettres d’amour, il y a des moments très douloureux. Je me sers des scènes plus toniques pour retrouver de la puissance, de la hargne. Être scène, c’est une lutte. A la fin du spectacle, j’ai une certaine fierté d’avoir combattu, d’être passée au travers.

 

Que représente le théâtre pour vous ?

Le théâtre, c’est ma maison, mon métier premier. Je ne sais rien faire d’autre. Je ne suis pas quelqu’un qui joue sans cesse. J’attends les beaux projets, des projets qui ont du sens. Je n’aime pas travailler pour travailler. J’ai besoin que mon instinct me guide, me dise que cela ne sera inutile d’être sur scène. Au théâtre, ce sont les répétitions que je préfère. On peut jouer ensuite deux ou trois fois pour vérifier si les idées sont bonnes. Mais je n’ai pas cet amour intense du plateau. C’est douloureux pour moi. J’ai peur.

 

C’est ce travail de recherche que vous préférez.

Oui, c’est tout ce travail en amont. La vie est compliquée, violente. Les répétitions deviennent des endroits sécuritaires idéalement. Aujourd’hui, il existe peu de lieux où on peut être libre totalement. A mon retour au Québec, je vais jouer dans Caligula de Camus. C’est une figure romantique, de l’absolu.

 

Est-ce que le théâtre a toujours été votre maison ?

J’ai toujours voulu devenir comédienne. Petite, je savais que je pouvais le faire. Je savais que je pouvais ressentir, reproduire, faire semblant. C’est très naïvement que j’ai passé mes premières auditions.

 

Comment articulez-vous votre temps entre le théâtre, le cinéma et la télévision ?

Je fais peu de cinéma. Je tourne surtout pour la télévision. Je fais de la bonne télé. J’ai de la chance d’avoir des beaux textes.