C’est une des pièces chorégraphiques qui a le plus tourné dans le monde. Transports exceptionnels de la compagnie Beau Geste, installé sur l’Île-du-Roy à Léry, est un spectacle magique, poétique et magnifique, écrit par Dominique Boivin et interprété par Philippe Priasso. C’est un duo entre un danseur et une pelleteuse, entre un homme et une énorme machine qui peut, à tout moment, le broyer. Rien de cela dans Transports exceptionnels présenté samedi 22 juillet sur le parvis de la cathédrale à Rouen. Au contraire, chacun tente d’appréhender l’autre, de construire un dialogue émouvant. Entretien avec Philippe Priasso.

Vous tournez avec Transports exceptionnels depuis plus de dix ans. Avez-vous déjà ressenti une quelconque lassitude ?

Oh non, c’est impossible d’être lassé par un spectacle qui vous emmène dans le monde entier. Transports exceptionnels se réinvente à chaque représentation parce que je ne suis jamais confronté à la même machine, au même espace.

Est-ce que les lieux vous influencent ?

Non, ils ne m’influencent pas. C’est davantage le regard du public. C’est lui qui construit l’image du spectacle. Si on joue au milieu d’une cité, ça va dire autre chose que devant l’Opéra de Sydney en Australie.

Pensez-vous toujours que l’idée de Transports exceptionnels était complètement folle ?

Les idées sont toujours folles. Et celle-là particulièrement. Il n’y a que Dominique (Boivin, ndlr) dans le monde de la danse à avoir de telles idées. Au début, personne n’a cru en ce spectacle parce que cette idée était justement trop folle.

Comment appréhendez-vous la rencontre avec la machine avant chaque représentation ?

C’est vraiment une rencontre. La machine, il faut la respecter. C’est un être à part entière. A la première approche, on peut être surpris. Chaque engin a sa dynamique et donne ce que l’on n’attend pas forcément. A chaque fois, c’est incroyable.

Est-ce un duo ou un duel entre la pelleteuse et vous ?

C’est un duo et j’ai toujours vu ce spectacle de cette manière. Transports exceptionnels reste un dialogue avec une machine même si celle-ci perd son statut de machine. Ce qui permet au public de se reconnaître ou d’être amené à se projeter dans une relation assez improbable mais forte. Je me souviens avoir rencontré à Marseille un spectateur en pleurs à la fin. Il venait de vivre une rupture et Transports exceptionnels l’avait remis dans une relation. Pour moi, c’est toujours étonnant de voir le côté universel de ce spectacle.

Est-ce un jeu de séduction ?

Non. Il y a une complicité entre la machine et moi, un dialogue fort. Je suis danseur et je joue avec le regard. Je suis comme un marionnettiste qui renvoie au public l’image de sa marionnette. Quand je danse, je fais attention aux appuis, à la profondeur du mouvement. Je dois remplir le mouvement.

Dans ce spectacle, êtes-vous aussi un acrobate ?

Non, l’acrobatie peut être un moyen. Je ne fais pas de performance. Je ne cherche pas à flamber. Je veux juste montrer une relation. C’est vrai que la pelleteuse m’emmène à 5 ou 6 mètres de haut. C’est King Kong qui vous prend par la main…

 

  • Samedi 22 juillet à 18 heures et 20h30 place de la Cathédrale à Rouen.