Trois occasions de découvrir le travail de Raphaëlle Boitel… Avec Spring, « Les femmes arrivent en force ! ». Le festival dresse ainsi le portrait de cette artiste aux multiples langages à travers ses trois derniers spectacles, 5es Hurlants, à l’affiche du CDN de Normandie Rouen, La Chute des Anges au cirque-théâtre à Elbeuf, La Bête noire à la Renaissance à Mondeville. Avant de fonder sa compagnie en 2012, Raphaëlle Boitel a collaboré avec divers circassiens et metteurs en scène. On l’a vue dans la Symphonie du hanneton et La Veillée des abysses de James Thierrée, dans Géométrie de caoutchouc d’Aurélien Bory, au théâtre, au cinéma avec notamment Marc Lainé, Colline Serreau… Elle apporte son regard de chorégraphe dans Macbeth et La Belle Hélène, deux pièces lyriques mises en scène par Georgio Corsetti, dans Alcione aux côtés de Louise Moaty. Un magnifique parcours qui nourrit des créations poétiques, philosophiques et joyeuses. Entretien.

Vous évoluez dans le théâtre, le cirque, le cinéma, l’opéra… Comment s’est construit votre chemin artistique ?

Il s’est construit au fil de ma vie. Petite, je savais que je voulais faire ce métier-là, plus précisément faire du cinéma. J’ai commencé par le théâtre très jeune, à l’âge de 6 ans. Gamine, j’adorais aller au cirque. J’y ai ajouté la danse. Un jour, j’ai été repérée par Annie Fratellini, puis intégré l’école nationale des arts du cirque. James Thierrée s’entrainait chez Annie et m’a emmenée sur ses spectacles. J’ai fait le tour du monde avec lui. Cela a duré 13 ans. J’ai eu ensuite envie de faire autre chose. Je suis allée vers la danse, le cinéma, le théâtre… Ce que je fais aujourd’hui est le fruit de tout cet apprentissage, de toute cette expérience.

Vous avez besoin de ces différents langages pour écrire vos créations.

Oui, j’en ai besoin. Mon univers, c’est en effet tout cela à la fois. Cependant, ma question principale reste : qu’est-ce que je raconte ? Ma priorité, c’est l’humain avec ses doutes et ses contradictions. Je m’exprime à travers le corps, source d’émotion, langage universel pour dire les choses les plus profondes. À cela s’ajoutent le travail de la technique, celui de la lumière, celui de la musique…

Qu’est-ce qui vous inspire ? La littérature, la philosophie, les gens ?

La première chose, c’est l’observation de nous, de l’être humain. J’aime regarder les gens et aussi les personnes avec qui je travaille. Il faut creuser loin pour aller chercher cette lumière à l’intérieur de chacun. J’aborde également des sujets graves. On ne va pas se mentir. La vie est complexe. Mais il y a toujours un espoir et une force qui nous donne une capacité à changer les choses. Par ailleurs, je lis, je regarde des films… Les références viennent d’elles-mêmes.

Est-ce que vous commencez par une écriture à la table ou au plateau ?

Il y a les deux. C’est un aller et retour. Et j’en ai besoin. Je mène des exercices d’improvisations très précis que je développe au préalable et qui me donne une base. Les interprètes cherchent à partir d’un thème. Je les dirige à la voix. C’est leur corps qui raconte. Après, j’écris sur papier ce que je vois. Ce qui me permet de traduire une idée. Je dois aller chercher au plus profond de moi ce que je sens. Cela devient une écriture instinctive. 

Le corps est au centre de vos créations. Comment prenez-vous en compte la souffrance de ce corps ?

La contorsion est la discipline la plus extrême. On se plie dans tous les sens et ce n’est pas très naturel. J’ai grandi avec cela : pouvoir raconter des choses avec mon corps. À une vingtaine d’années, j’en avais encore envie. Je ne souffrais pas trop et le public était tellement enchanté. Il faut tenir le choc physiquement, psychologiquement, énergiquement. Avec James Thierrée, il y avait une exigence énorme. Avec le temps, il faut trouver un nouveau souffle. On pense souvent que l’on ne peut plus mais on parvient toujours à se recharger. Quand on passe par la souffrance, on sait où est la joie.

Comment avez-vous appris à écouter votre corps ?

Quand on est jeune, on est davantage dans l’énergie. Plus on avance dans l’âge, plus on souffre. Il faut garder la virtuosité au service de ce qui est raconté. Dans le cirque, on vite un peu prématurément. La conscience du corps est plus vive. Mais, on tombe et on se relève. On tombe encore et on se relève toujours… On se nourrit de cela et la chute devient une expérience. L’important est de rester actif. Il faut rêver ses rêves. 

Trois spectacles pendant Spring

Le festival Spring dresse le portrait de Raphaëlle Boitel. « C’est la première fois et c’est génial pour le public qui peut découvrir mon travail ». Premier rendez-vous au CDN de Normandie Rouen avec 5es Hurlants qui raconte le quotidien des artistes. Raphaëlle Boitel questionne les équilibres fragiles, les doutes, la solidarité, la persévérance. La Chute des anges est un conte d’anticipation philosophique narré au cirque-théâtre à Elbeuf. La nouvelle création de Raphaëlle Boitel évoque la persévérance et rend un hommage au cirque. Enfin, La Bête noire est un autoportrait, l’histoire d’un corps fragile.

Infos pratiques

5es Hurlants :

  • mardi 12 et mercredi 13 mars à 20 heures au théâtre de La Foudre à Petit-Quevilly. Spectacle tout public à partir de 8 ans. Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du mercredi 13 mars Tarifs : 20 €, 15 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 70 22 82 ou sur www.cdn-normandierouen.fr

La Chute des anges :

  • jeudi 14 mars à 19h30, vendredi 15 mars à 20h30, samedi 16 mars à 18 heures au cirque-théâtre à Elbeuf. Spectacle tout public à partir de 8 ans. Tarifs : 17 €, 13 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 32 13 10 50 ou sur www.cirquetheatre-elbeuf.com
  • Vendredi 29 mars au Quai des Arts à Argentan. Tarifs : de 22 à 12 €. Réservation au 02 33 39 69 00 ou sur www.quaidesarts.fr

La Bête noire :

  • mercredi 20 mars à La Renaissance à Mondeville. Tarifs : 14 €, 8 €. Spectacle tout public à partir de 8 ans. Réservation au 02 31 35 65 94 ou sur www.larenaissance-mondeville.fr