CCN et vous, c’est le projet qu’a présenté Sylvain Groud lors de sa candidature à la direction du centre chorégraphique de Roubaix-Hauts-de-France/Ballet du Nord et qui a séduit le conseil d’administration du CCN. Le fondateur de la compagnie MAD, installé à Vernon dans l’Eure, prendra ses fonctions au plus tard en avril 2018. C’est une nomination bien méritée pour ce magnifique danseur qui offre des moments de grâce, pour ce chorégraphe sensible qui porte la danse au-delà des structures culturelles, avec des projets participatifs, et pour cet homme d’une extrême générosité. Entretien.

Que ressentez-vous après cette nomination ?

Je suis assommé agréablement. A chaque fois que je le dis, cela devient un écho vertigineux. Il faut laisser exprimer la joie. Après, il faudra retrousser les manches.

Pourquoi cette candidature au CCN de Roubaix ?

Cette candidature, c’est une espèce de maturité en moi, une temporalité assez implacable. C’est juste que je me suis dit : là, c’est étrange mais c’est le moment. Il y a aussi les pairs autour de moi qui m’ont encouragé. C’est un chemin qui continue, un état de maturation qui m’accompagne. Il y aussi toujours en moi ce bonheur de transmettre, d’accompagner, de me sentir vrai quand j’insuffle des choses. Par ailleurs, dans ce territoire, il y a tout ce qui vibre. C’est un défi humain politique. Ce dossier s’est écrit dans une pertinence, une joie. J’ai rencontré de nombreuses personnes là-bas. C’était un réel bonheur. J’ai trouvé une cohérence dans le maillage de ce territoire immense. J’ai été très impressionné par la disponibilité des acteurs locaux. C’est un territoire que j’arpente aussi depuis quinze ans avec la compagnie.

Outre la transmission, quels sont les axes de ce nouveau projet ?

Il s’adresse à un territoire et reste axé sur l’accès à la culture pour tous. Cela ne sera pas un leitmotiv vaguement démagogique et politique. Ce sera une raison d’être, un moteur. Je vais mettre en pratique les projets participatifs, découvrir d’autres territoires et comprendre la richesse locale, aller à la rencontre de l’autre. Le CCN sera un lieu d’échanges et de partage. J’ai envie de redonner de l’appétence à ce gros mot qu’est culture. Cet endroit doit être aussi un lieu d’éducation artistique et culturel, un acteur de la vie. L’autre enjeu : c’est le dialogue avec les politiques, les tutelles. A ce poste-là, il faut encore plus d’énergie que celle que je dépense depuis quinze ans. Il est nécessaire de tenir un rôle auprès de ceux qui ont le devoir d’organiser la cité. C’est le moment et on ne peut plus attendre.

Vous arrivez après des moments tempêtueux au CCN de Roubaix. Olivier Dubois, le directeur actuel, n’a pas fait l’unanimité.

J’ai rencontré une équipe désireuse, envieuse. J’ai reçu le message : il n’y a plus qu’à… Je me préoccupe surtout de la pertinence de mon projet.