C’est une histoire tragique. Yvonne, princesse de Bourgogne, de Witold Gombrowicz, est un défouloir pour toute une famille. Edith Amsellem en propose une lecture très personnelle autour d’un château-toboggan. La pièce se joue mardi 23 mai en extérieur dans le parc François-Mitterrand à Dieppe.

photo Jean-Michel Coubart

Yvonne est une jeune femme complètement insignifiante et passive. Elle ne parle pas. Ce silence a un prix terrible parce qu’elle éveille tous les remords, les instincts les plus honteux, la haine de son entourage. Cette Yvonne-là est le personnage principal de la pièce de Witold Gombrowicz (1904-1969), Yvonne , princesse de Bourgogne publiée en 1938. L’histoire : Le prince Philippe rencontre lors d’une promenade une fille timide, peureuse même ennuyeuse. Malgré tous les défauts d’Yvonne, l’héritier du trône qui avoue ne pas la supporter décide tout de même de l’aimer et de se marier avec elle. A la cour royale, la princesse va côtoyer de véritables montres. Elle sera leur bouc-émissaire.

Le bouc-émissaire, c’est ce thème qu’Edith Amsellem souhaitait aborder pour sa deuxième mise en scène. Elle est allée puisée dans les théories de René Girard pour éclairer la lecture d’Yvonne, princesse de Bourgogne. « Cela dit beaucoup sur le mystère du comportement des êtres humains en groupe. Pourquoi a-t-on besoin de trouver quelqu’un qui va cristalliser les haines, les peurs ? Comment ces comportements de groupes en communauté se reproduisent-ils au fil du temps ? En fait, ils sont des soupapes. Ils ont un pouvoir d’assainir l’atmosphère parce que l’on décharge le trop de violence qui se trouve en nous ».

Pour ce travail, Edith Amsellem a choisi l’espace public. Pas n’importe lequel. Ce sera autour des châteaux-toboggans des écoles ou des parcs. « La cruauté des personnages de la pièce me fait penser à celle des enfants qui n’ont pas encore acquis la différence entre le bien et le mal », explique la metteur en scène. A Dieppe, avec DSN, Yvonne, princesse de Bourgogne sera joué mardi 23 mai dans le parc François-Mitterrand.

Une prise de risques

Autre choix radical : le rôle d’Yvonne est interprété par une comédienne qui n’a jamais répété avec la compagnie, que les autres acteurs n’ont jamais rencontrée et découvrent quand elle entre en scène. C’est donc une comédienne différente à chaque représentation. « C’est un vrai saut dans le vide pour elle. Je fais en sorte qu’elle ne prépare rien. En fait, je la prépare à ne rien préparer ». Yvonne est projetée dans le spectacle et doit réagir aux paroles et aux comportements des autres. « C’est comme si elle marchait à l’envers. Je la vois comme une personne brute, pas socialisée. Elle n’a pas été éduquée. Elle n’a pas les codes. Tout est fait pour qu’elle ne pense pas ».

Pour les autres comédiens, c’est aussi un « saut dans le vide ». Ils jouent avec une actrice qu’ils ne connaissent pas. Ils doivent aussi être en capacité de tout accueillir. Cette pièce est proche d’une expérience théâtrale dans laquelle chacun prend des risques.

  • Mardi 23 mai à 20 heures au parc François-Mitterrand, boulevard du Général-de-Gaulle à Dieppe. Tarif : 5 €. Réservation au 02 35 82 04 43 ou sur www.dsn.asso.fr