C’est un dialogue intime, entre un philosophe, Michel Foucault, et un étudiant de 20 ans, Thierry Voeltzel. Pierre Maillet, artiste associé à la Comédie de Caen, porte ces paroles à la scène. Rendez-vous du 28 février au 4 mars au CDN de Normandie Rouen.

 

photo Tristan Jeanne-Valès

A sa sortie, le livre est passé complètement inaperçu. Paru en 1978, Vingt ans et après est signé par Thierry Voeltzel. A cette époque, le véritable auteur, le philosophe Michel Foucault a souhaité garder l’anonymat pour cet ouvrage, fruit d’une série d’entretiens entre les deux hommes. Trois ans plus tôt, Michel Foucault prend en stop un étudiant de 20 ans. Sur la route vers Caen commence alors un dialogue entre les deux personnes. L’une raconte sa vie avec une grande franchise et parle de politique, de religion, de famille, d’homosexualité, de musique… L’autre tente de comprendre pendant cette conversation la jeunesse des années 1970.

 

Pierre Maillet découvre Vingt ans et après il y a deux ans lors de sa réédition. « J’ai beaucoup aimé le geste littéraire. Foucault s’efface. C’est le portrait d’un jeune homme de 20 ans et, en même temps, c’est le portrait en creux du philosophe ». Le comédien, artiste associé à la Comédie de Caen, adapte pour la scène cet échange. Dans Letzlove-Portrait(s) Foucault, présenté du 28 février au 4 mars au Rexy à Mont-Saint-Saint-Aignan. Il joue Michel Foucault, mais reste dans l’ombre, et confie le rôle de Voeltzel à Maurin Olles. Lui dans la lumière. « La pièce s’est écrite de manière libre. Dans ce spectacle, nous avons voulu garder le chemin du livre, les thématiques abordées. La première lecture a duré 4 heures et demi. Pendant une semaine, nous n’avons que lire pour cette adaptation ». Pas de mimétisme. Sur scène, les deux comédiens se parlent. « L’entretien au présent est intéressant. Il faut préserver l’évidence du rapport ».

 

Vingt ans et après, c’est le portrait croisé de deux hommes qui ont trente ans de différence. C’est surtout celui d’une décennie que « l’on ne connaît pas bien. Elle est coincée entre les événements de mai 1968 et l’élection de Mitterrand en 1981. Les années 1970 m’importent beaucoup. J’y suis très sensible. Il y a une chose qui m’a frappé. En fait, cette époque ressemble beaucoup à la nôtre. Sur certaines questions, on n’a pas du tout évolué. Sur d’autres, notamment en matière de liberté, on a régressé ». Dans cette conversation, la poésie se mêle à la politique. Les utopies donnent encore de l’espoir. Et la générosité est débordante.

 

  • Mardi 28 février, mercredi 1er, jeudi 2 et vendredi 3 mars à 20 heures, samedi 4 mars à 18 heures au Rexy à Mont-Saint-Aignan. Tarifs : 14 €, 9 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 03 29 78 ou sur www.cdn-normandierouen.fr
  • Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du mercredi 1er mars.