Les Acharnés de Marceline Putnaï : magnifiques et détestables

photo : Raoul Dobremel

Dans Les Acharnés, un roman paru aux éditions Belfond, Marceline Putnaï raconte une folle aventure à travers une Europe malade qui baigne dans une extrême-droite violente. C’est un premier roman haletant, non dénué d’humour, qui emmène des personnages cabossés de la Normandie jusqu’en Roumaine.

Il est difficile de les détester ces Acharnés. Il y a chez eux de profondes souffrances bien ancrées dans leur corps. Leur parcours bien chaotique, les mauvaises rencontres, un contexte géopolitique les ont conduits dans une situation de solitude, une fragilité psychologique, parfois un état de survie. On ne peut pas non plus les aimer complètement en raison de leur comportement violent, de leur misogynie et de leur égoïsme. L’autrice Marceline Putnaï pose la lectrice et le lecteur dans une position ambivalente tout au long de ce premier roman, Les Acharnés qui trouvent quelque part une rédemption et font preuve de solidarité et de fraternité dans cette épopée improbable.

Le premier des Acharnés, c’est Georges. Le garde-forestier n’a plus qu’un seul plaisir : aller se promener avec son chien, Mario, au milieu de ses arbres et imiter le chant des oiseaux. Un jour, il croise sur la route un jeune homme, Salman, parti d’Afghanistan pour sauver sa peau, et l’invite dans sa maison. Sans papier, Salman est contraint par la procédure Dublin d’aller une fois par mois à la préfecture pour effectuer sa demande d’asile et ne pas devenir un clandestin. Un soir, le gamin, comme l’appelle Georges, ne revient pas. Il a été envoyé dans un centre de rétention en Roumanie, le pays où sont envoyés tous les migrants. 

Un pacte

Commence alors pour Georges un périple en Clio de la Normandie jusqu’au camp roumain. Il va rencontrer Dragoṣ, un ancien détenu qui n’a peur de rien, transforme chaque événement en catastrophe et s’impose dans cette aventure. «  Il a pris de la place sans que je m’en rende compte », confie l’autrice. Monique y participe aussi mais malgré elle. Tout comme Gilbert qui s’ennuie parce qu’il ne sait plus quoi faire de son argent entassé depuis des années.

Ces personnages vont vivre tous ensemble, presque hors du monde et de ses tumultes. « Ils se donnent du mal pour ne plus en être. Pour eux, pour vivre heureux, vivons cachés. C’est la seule façon de s’en sortir et d’être dans l’altérité. C’est leur pacte. Et même s’il faut s’engueuler. Ils y sont contraints et forcés mais ils s’estiment et se respectent », explique Marceline Putnaï.

Une parole

Ce périple va être chaotique. Ils vont tous se brûler les ailes. Certains vont même y perdre la vie. L’autrice a choisi de raconter son histoire en 2030 dans une Europe qui a basculé dans l’extrême-droite. « Je n’ai pas voulu écrire une dystopie. Avant la parution du livre, j’ai dû revoir ma copie en voyant la dynamique politique actuelle et entendant les mesures gouvernementales, aussi farfelues les unes que les autres, quand est abordée la crise migratoire. L’écriture de ce livre est une manière d’apprivoiser cette impuissance cette colère sourde ». Dans la France de 2030 a été élu un certain Jean-Philippe Bernard.

Dans Les Acharnés, Marceline Putnaï porte une parole. Celles de migrants qu’elle rencontre régulièrement en tant qu’accompagnatrice de demandeurs d’asile. Elle connaît Salman. Elle a entendu maintes fois le récit de ces traversées dans des ateliers d’écriture par des personnes au courage infini. « Contrairement aux autres, Salman a eu une enfance lumineuse. Il était heureux dans son village. Mais tout a basculé et il est parti. C’est lui qui va apporter la lumière aux autres ».

Dans ce premier roman, Marceline Putnaï fait des allers et retours dans le temps. L’histoire est en effet entrecoupée des portraits de ces personnages, au caractère bien trempé, qui éclairent leur comportement au sein du groupe. Les dialogues sont savoureux et drôles et l’aventure se déroule à un rythme effréné. À La fin, on s’attache à ces hommes et ces femmes sans destin.

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