Médine : « j’ai de l’amour pour la justice »

Photo : Romain Garcin

Médine a une voix qui porte. Avec lui, les mots claquent, résonnent fortement et justement. Dans ce neuvième album, bien nommé, Stentor Act I, il revient à un rap bien plus revendicateur et social que le précédent, Médine France. Il y a de la gravité et davantage d’amour lorsqu’il décrit une société à la dérive. L’artiste havrais a toujours le même talent pour trouver des punchlines. Médine est en concert samedi 27 septembre au Kubb à Évreux.

Quelle image avez-vous du stentor ?

C’est l’image donnée par la mythologie grecque. Le stentor est le demi-dieu qui a une voix aussi puissante que celle de 50 hommes pour porter des messages. Sans la connotation du demi-dieu, c’est ce qui je suis dans le rap. Je porte ces messages au-delà de la première ligne de front qu’est le rap. Cette voix porte plus loin. Dans une période où les libertés sont restreintes, le monde de la culture est attaqué, il faut tenir pour ne pas perdre.

Sur la pochette du disque, Stentor act I, vous portez un masque. Est-ce qu’il symbolise cette restriction des libertés ou protège-t-il votre parole ?

Il me protège seulement lorsque je ne m’exprime pas. Aujourd’hui, il y a des moments où on tente de restreindre la liberté d’expression des artistes et des journalistes. Sur scène, il prend une autre dimension parce qu’il renvoie à la Commedia Dell’arte et permet une mise en scène. Ce personnage revêt une autre dimension.

Est-ce que cette image de stentor s’est imposée à vous ?

Oui, elle s’est imposée malgré moi. J’ai l’image de celui qui porte des messages. J’ai fini par traiter de sujets qui m’ont dépassé. Lorsqu’un journaliste a écrit que j’avais une voix de stentor, cela a eu un écho en moi. Pourquoi m’identifie-t-on à un stentor ? J’aime cette image mais je pensais pas que ma voix pouvait porter au-delà de mon domaine. Avec la montée des fascismes, de l’extrême-droite, tout le monde se remet en question. Je dialogue avec d’autres sensibilités, avec d’autres philosophies alors que moi, rappeur, on me cantonne à ma culture, considérée comme une sous-culture.

Que ressentez-vous ?

Plus on prend de l’âge, plus on s’affute sur les combats. Adolescent, on s’empare des combats des autres par procuration. Après, on garde ce qui a le plus de sens. Pour moi, ce qui doit se pérenniser sur le long terme, c’est plus de justice sociale, plus d’équité entre les classes et les cultures.

L’injustice est votre combat ?

Je vais prendre l’opposé. J’ai de l’amour pour la justice. On finit toujours par vouloir se battre pour cette cause.

Votre album précisément s’appelle Stentor, act I. Il y aura donc une suite. L’avez-vous imaginé comme un vinyle avec une face A et une face B ?

Oui, il y aura différents actes qui vont sortir à des temporalités différentes. Un vinyle, il faut remplir les deux faces avec plusieurs titres. Le vinyle, c’est mon ADN. Par ailleurs, j’ai l’impression que, dans cette époque, on consomme plus de musique et que nous avons besoin d’une pause pour digérer. L’album arrivera en deux phases.

Dans ces premiers titres, vous avez été davantage dans le name dropping. Pourquoi ?

Nommer les choses, c’est pointer le curseur au bon endroit et désigner les personnes. Cela vise leurs manquements, leurs politiques, leur philosophie, leur idéologie.

Vous ne montrez pas beaucoup d’optimisme lorsque vous écrivez « La rue de l’avenir est une impasse ».

C’est un vrai pied de nez au Havre. Dans la ville, il y a une rue de L’Avenir et c’est une impasse. C’est un coup du destin ironique. Aujourd’hui, nous sommes dans une impasse sociale.

Vous parlez aussi de revanche dans cet album. Est-ce que l’écriture en est une ?

Oui, c’est comme une revanche. C’est un moyen de riposte, une réponse à des coups qui sont d’une violence symbolique. Elle est présente dans ma musique. Je réponds aux détracteurs des quartiers populaires et de l’évolution sociale. Je suis un musulman dans la société française en 2025, un militant actif sur le terrain, un défenseur des causes humanistes. Tous ces comportements, ça permet une forme de revanche.

Au milieu de l’album figure Jemila, un titre, plus doux et mélodieux, sur lequel vous chantez.

C’est une ballade. je suis un enfant de Brel, Brassens, Ferré et Renaud. C’est une autre écriture pour moi. Elle est plus poétique, moins frontale. J’aime m’approcher de ce que je recherche.

Infos pratiques

  • Samedi 27 septembre à 20 heures au Kubb à Évreux
  • Première partie : Le Z
  • Tarifs : de 30 à 10 €
  • Réservation au 02 32 29 63 32 ou en ligne
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