Confiné dans une caste

Amis depuis l’enfance, Mohammed (Ishaan Khatter) et Chandan (Vishal Jethwa) se battent pour sortir de leur condition /  Photo : Dharma Productions

Présenté dans la sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2025, Une Jeunesse indienne – Homebound de Neeraj Ghaywan, au cinéma mercredi 25 mars, met la lumière sur les personnes invisibilisées.

Qu’elle soit chinoise, américaine ou européenne, la jeunesse est un des thèmes privilégiés du cinéma… Après le récent film de Fatih Akın, Une Enfance allemande, voici Une Jeunesse indienne de Neeraj Ghaywan qui nous emmène dans un village du nord de l’Inde où deux amis d’enfance tentent de passer le concours de la police d’État. S’ils sont des millions de jeunes à se présenter pour quelques milliers de postes, c’est que ce métier leur permettrait d’obtenir une place inespérée dans la société indienne. Et pour cause, Mohammed Shoaib Ali (Ishaan Khatter) est musulman et Chandan Kumar (Vishal Jethwa) appartient à une caste inférieure. Ils subissent tous les deux les effets de la discrimination.

Neeraj Ghaywan évoque bien sûr le système des castes, interdit dès 1950, mais qui continue de jouer un rôle dans la société contemporaine. Là, les deux amis souffrent de rejets. Une scène rappelle d’ailleurs que des quotas ont été mis en place pour permettre aux plus défavorisés d’accéder à la fonction publique et à l’éducation. Chandan et Mohammed font partie de ceux-là, et en attendant les résultats du concours — une année entière — le premier s’inscrit à l’université et le second travaille à droite et à gauche.

Une amitié

Mais le vrai sujet de cette Jeunesse indienne, c’est l’amitié entre deux jeunes qui s’entraident, se soutiennent, s’amusent malgré les galères. Une amitié brièvement malmenée quand les résultats tombent enfin : Chandan est admis, Mohammed non…  

Le film ne pouvait pas s’arrêter là. Neeraj Ghaywan ouvre une nouvelle page annoncée par le sous-titre de Homebound qui se traduit par confinement à la maison. Les deux amis ne sont pas seulement confinés dans leur caste, ils subissent également les effets du Covid. Le réalisateur aborde alors le lourd sujet des indiens exilés — et exploités — dans les pays arabes. Il témoigne de leurs déplorables conditions de vie — passeport retiré, taudis exigus, lits partagés entre ouvriers qui travaillent de jour ou de nuit. Des conditions qui empirent à l’heure du Covid.

Certains spectateurs français auront peut-être un peu de mal avec le côté mélo souvent présent dans le cinéma indien. D’autres apprécieront l’intérêt que porte Neeraj Ghaywan sur Mohammed et Chandan, deux jeunes hommes simples qui, par leur courage, leur amitié indéfectible, parviennent à transcender les difficultés de la vie.  

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