On connaît Reem Kherici, la comédienne — elle est encore sur les écrans dans le Marsupilami de Philippe Lachaud. On connaît aussi la réalisatrice puisque Pour Le Plaisir est son quatrième long-métrage après Paris à tout prix, Jour J et Chien et chat. Aujourd’hui, elle s’attaque à un sujet délicat, puisqu’elle nous parle du plaisir féminin avec humour et délicatesse à partir de l’histoire vraie des inventeurs du sextoy du siècle, le Womanizer.
La jeune femme — au scénario, devant et derrière la caméra — a imaginé et mis en scène Fanny (Alexandra Lamy) et Tom (François Cluzet), mariés depuis vingt ans et amoureux comme au premier jour. Cependant, ce jour-là, après une séance instructive chez sa psy (Reem Kherici), Fanny avoue à son mari n’avoir jamais connu d’orgasme. Tom est complètement dépité mais fait fi de son humiliation passagère. Ingénieur, il va se donner un mal fou pour créer l’objet qui donnera du plaisir à celle qu’il aime… Le spectateur s’amuse à les voir tâtonner dans leurs recherches et leurs expériences. Le duo réjouissant rend cette comédie lumineuse et sympathique, et qui sait, Pour Le Plaisir, au cinéma mercredi 6 mai, pourrait bien faire avancer l’histoire du plaisir au féminin.
Invitée des Rencontres du Sud à Avignon, Reem Kherici répond sans détour à nos questions.
Est-ce votre histoire personnelle ou bien un article sur le Womanizer qui a inspiré l’idée du film ?
Les deux sont liés. Le sujet des deux créateurs du fameux Womanizer existait déjà. On me l’a proposé pour en faire un film, mais à ce moment-là, ça ne m‘intéressait pas.
Qu’est-ce qui vous a amené à changer d’avis ?
J’ai creusé pour essayer de trouver un lien entre le sujet et moi-même. Déjà, évidemment je suis une femme. Mais je ne suis pas une femme libérée. Je suis pudique, issue d’une éducation assez conservatrice. Le fait de pouvoir avoir cette réflexion avant même d’écrire m’a permis de comprendre comment ce sujet pouvait avoir une résonance pour moi et pour mes sœurs. Et ça m’a donné envie de mettre le pied à l’étrier. J’ai compris que j’étais pleinement concernée par ce sujet, non pas que je sois anorgamisque mais parce que c’est un sujet tabou et qu’il est nécessaire de le lever pour nous les femmes. Je voulais créer un pont élégant et drôle entre les femmes et les hommes.
Pourquoi drôle ?
Pour moi, l’humour est un vecteur qui dédramatise souvent les sujets profonds.
Et pourquoi élégant ?
C’était l’obligation absolue pour moi pour traiter ce sujet. D’abord parce que je suis maman et je n’ai aucune envie qu’un jour mes enfants soient mal à l’aise à cause d’un sujet que j’ai traité, et parce que je suis une femme et qu’au nom des femmes, il était important de montrer une forme de respect et donc éviter la trashitude. On parle de notre plaisir, ce n’est pas sale, ce n’est pas honteux, ce n’est pas maldisant. J’aurais été incapable de filmer quelque chose qui aurait été malaisant pour le public.
Peut-on y voir une forme d’éducation sexuelle ?
Je n’aurais pas cette prétention. J’y vois plutôt une forme de divertissement éducatif…
Pourquoi ne pas vous être donné le rôle principal ?
Parce que j’avais envie de filmer la femme avec amour et même la sacraliser. J’avais vraiment envie de mettre une actrice sur un piédestal et mon ego n’est pas assez démesuré pour me filmer dans ce genre de circonstances.

Avez-vous eu du mal à convaincre Alexandra Lamy et François Cluzet ?
Pas du tout… Quand j’en ai parlé à Alexandra Lamy, elle m’a répondu qu’elle était prise jusqu’à 2026. Je lui ai dit qu’il y avait des histoires qui ne pouvaient pas attendre… Et après avoir lu le scénario, elle m’a rappelé pour me dire qu’elle voulait le faire. Quant à François Cluzet, c’est un homme très amoureux de sa femme et il a un vrai respect pour les femmes. Le sujet l’a interpelé et il a tout de suite senti qu’il y avait quelque chose de moderne et de nécessaire. En plus sa femme a énormément insisté pour qu’il ne passe pas à côté du rôle.
Comment vous organisez-vous pour être devant et derrière la caméra ?
J’ai un clone (rire)… En fait, être devant et derrière la caméra nécessite d’être très concentrée et très préparée. Quand on écrit son film, on a déjà une vision de sa mise en scène et juste avant de tourner, on a eu trois mois de préparation pour trouver les décors, les costumes, mais aussi le découpage. Donc mon travail de metteuse en scène, je le fais déjà beaucoup en amont. Après, j’ai des chefs de postes — un directeur de la photo, un chef opérateur, un premier assistant… — qui vont, eux, exécuter ce que je leur ai demandé pendant la prépa. Et puis je vais vérifier au combo, un genre de mini télé, ce qu’on vient d’enregistrer et je sens à l’oreille si la prise est bonne. Si ce n’est pas le cas, je refais la scène. Et cette fois, j’étais accompagnée d’une super scénariste, Aurélie Platroz, qui avait la même exigence que moi. Elle a été une référence pour moi. Je la regardais et, à ses mimiques, je voyais s’il fallait ou non rejouer la scène.
Votre précédent long-métrage, Chien et chat, dans lequel vous tourniez avec votre chatte maine coon, vous avez reçu une quantité invraisemblable de remarques salasses. Est-ce que cela a inspiré la première séquence du film, consacrée à la libération de la parole de la femme ?
Pas du tout. En tant qu’artiste, je n’ai jamais vu de sous-texte à propos de Chien et chat d’autant que pour moi, c’est un film destiné aux enfants… Les personnes qui se sont permises de faire ce genre de remarques, sont mal éduquées, je pense. C’était rien de plus que des esprits tordus qui voulaient me provoquer…
- Pour Le Plaisir de Reem Kherici (France, 1h29) avec Alexandra Lamy, François Cluzet, Mitty Hazanavicius, Reem Kherici…
