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Anne Paceo : « dans l’eau, j’ai l’impression de faire partie d’un grand tout »

Photo : Tanguy Ginter

Cet Atlantis est un endroit de contemplation, une source de belles énergies, un univers de sons envoûtants. En choisissant pour son huitième album, sorti en août 2025, le nom de cette île mythique, engloutie après un cataclysme, Anne Paceo n’oublie pas les conséquences du changement climatique sur les océans. Pour composer ce disque, entre jazz et pop, la batteuse et compositrice s’est inspirée de diverses expériences de plongée dans les mers. Là, elle a éprouvé de fortes émotions qu’elle partage dans les treize titres. Entretien avec Anne Paceo avant les concerts mercredi 13 mai à  la salle Marcel-Hélie à Coutances lors du festival Jazz sous les pommiers, mercredi 27 mai au Kubb à Évreux lors des AnthrospoScènes et mercredi 10 octobre au 106 à Rouen

Est-ce que la plongée est devenue une nouvelle passion ?

Oui, complètement. Il y a eu cette découverte de la plongée et ce fut puissant. Tellement puissant que cela m’a inspiré un album. Je ressens cette nécessité de plonger chaque année et de retrouver toutes les sensations. Quand je suis à la maison que cela me manque, je me replonge dans ces sensations. Je regarde des documentaires. Je lis des livres. J’ai maintenant une vraie passion pour cette activité.

Est-ce que la plongée vous permet d’être encore davantage en communion avec la nature ?

Je pense, oui. C’est amusant. Romain Rolland parlait du sentiment océanique, de cette sensation d’être un élément parmi d’autres. Notre corps est tout de même composé de beaucoup d’eau. En fait, nous sommes de l’eau dans de l’eau.

Que ressentez-vous dans l’immensité de l’océan ?

Je ressens de la plénitude. Pourtant plonger n’est pas naturel pour un être humain. Un plongeur doit porter un matériel qui reste lourd. Mais on a quand même cette sensation de voler. Dans l’eau, j’ai l’impression de faire partie d’un grand tout, d’appartenir à un même écosystème. Il suffit de regarder les déplacements des bancs de poissons. C’est incroyable comment tous changent en même temps de direction. Il y a là comme une intelligence collective, une sorte de télépathie.

Est-ce que l’océan est un univers sonore ?

Je n’ai jamais eu l’occasion d’entendre le chant des baleines. Mais lorsque l’on est sous l’eau, on entend davantage les bulles de notre respiration. Il y a aussi toute la pollution sonore venant des bateaux qui sont au-dessus de nous. En revanche, on entend beaucoup l’intérieur de soi.

Pour composer les précédents albums, vous vous êtes inspirée de musiques écoutées dans les pays que vous avez traversés. Là aussi, l’océan a été une véritable source d’inspiration ?

À chaque fois, c’est la musique qui jaillit. Ce qu’il s’est passé : quand je plongeais, j’avais des mélodies qui revenaient en tête. À un moment, j’ai eu tout un répertoire complet. Au début, ce n’était pas évident. Je sortais des sons qui n’avaient pas de liens. C’était surtout mes liens à l’océan.

Cet album est alors davantage la transcription de vos émotions ?

La musique est sensation. Elle est cela avant tout. J’ai en effet essayé de retranscrire les émotions que j’avais sous l’eau. Je voulais retrouver ces sentiments de plénitude, de flottaison… Tout ce que procure l’eau.

Est-ce que le temps a une autre dimension sous l’eau ?

Le temps passe très rapidement sous l’eau. Quand je plongeais pendant une heure, j’avais l’impression d’y être depuis seulement cinq minutes. En revanche, dès que l’on a froid, le temps est beaucoup plus long. En fait, tout est relatif. Comme nous ne sommes pas dans un élément habituel, il est possible de perdre toute notion du temps.

Comment avez-vous réussi à transmettre aux musiciens toutes ces expériences de plongée ?

Je leur ai parlé des sensations. Je leur ai évoqué des images. J’ai travaillé comme une metteuse en scène qui s’adresse à des comédiens : pense à telle chose, regarde cette vidéo, va convoquer chez toi ce sentiment… 

Cet album, Atlantis, vous l’avez voulu plus pop.

En terme de son, il est moins jazz. Cependant, dans la musique, il y a encore beaucoup d’improvisations. Et nous restons des improvisateurs. Entre pop et jazz, la frontière est fine sur cet album qui possède des titres au format chanson.

Certaines sont interprétées par des chanteuses comme Gildaa, Laura Cahen. Vous avez eu besoin des mots pour aborder l’océan.

Ce n’est pas que j’ai eu besoin des mots. Les mots s’imposent quand je compose. Il y a un moment où ça doit passer par le chant et à un autre par la mélodie. C’est comme un genre de yaourt, parfois en français, en anglais, en espagnol. Quand je compose, je sais quel titre sera une chanson ou un instrumental. Ce n’est pas du tout la même manière d’aborder la mélodie. Pour certaines, j’entendais des mots.

En composant cet album, avez-vous aussi pensé à une dimension écologique ?

Oui, il y a aussi une dimension écologique. L’eau est de moins en potable. Les océans sont détruits, les fonds marins, essorés. L’être humain détruit son environnement. Jamais un animal n’est allé tout droit à son suicide. Ce disque est comme un cri d’alerte.

Infos pratiques

  • Mercredi 13 mai à 20 heures à la salle Marcel-Hélie à Coutances. Tarifs : de 29 à 12,50 €. Réservation en ligneDes places sont à gagner
  • Mercredi 27 mai au Kubb à Évreux. Tarifs : de 25 à 12 €. Réservation au 02 32 29 63 32 ou en ligne
  • Mercredi 10 octobre à 19h30 au 106 à Rouen. Tarifs : de 22 à 8 €. Réservation au 02 32 10 88 60 ou en ligne
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