Des jeunes en marche

Toni (Colas Quignard) et James (Mitia Capellier-Audat) profitent de leur temps libre / Photo : Films du poisson, Bibi Film TV, Arte France Cinéma

Grand Prix de la Semaine de la critique au festival de Cannes, La Gradiva de Marine Atlan, au cinéma mercredi 21 octobre, s’intéresse à la jeunesse d’aujourd’hui. Celle que l’on voit dans la rue ces derniers jours mais qu’elle emmène en voyage scolaire à Pompéi.   

Chef opératrice sur huit longs-métrages, Marine Atlan se lance dans la réalisation avec La Gradiva. Et pour un premier essai, c’est un coup de maître puisque, au festival de Cannes, le film a remporté le Grand Prix de la Semaine de la Critique et à Deauville, il reçoit le prix d’Ornano-Valenti au Festival du Cinéma américain.

Lors de son passage à l’Omnia à Rouen, Marine Atlan nous rappelle qu’à l’origine, « La Gradiva est une sculpture antique montrant une jeune femme en train de marcher. » Mais c’est le roman de Wilhelm Jensen, Gradiva : Fantaisie pompéienne, paru en 1903, qui a inspiré ses personnages. Dans le livre, La Gravida est devenue l’objet de fascination de Norbert Hanold, un archéologue allemand qui croit l’avoir rencontrée lors d’un voyage sur les ruines de Pompéi, ensevelie rappelons-le par le Vésuve en l’an 79. Dans le film, Toni, un des lycéens, dévoile un secret de famille. Sa grand-mère était une femme de ménage dans une famille bourgeoise napolitaine. Amoureuse du fils de cette famille, elle est tombée enceinte mais son petit ami trouve la mort dans l’effondrement de la maison suite à un tremblement de terre… Elle est alors rentrée en France où elle a accouché d’une fille avant de mourir trois ans après l’amour de sa vie.

Avec des comédiens non-professionnels

C’est donc à Pompéi que Marine Atlan emmène une classe de futurs bacheliers accompagnés par deux profs passionnées par les lieux et l’époque, Mme Mercier (Antonia Buresi) et Mme Paquin (Emmanuelle Lafon). Et pendant plus de deux heures, le spectateur s’amuse du contraste entre les jeunes, les sites et les fresques archéologiques qu’ils visitent. « J’avais envie de filmer la collision entre l’instantané de la jeunesse et l’éternité des ruines », témoigne la réalisatrice. On suit les déplacements et les découvertes de ce groupe toujours en mouvement. On s’intéresse alors aux discussions politiques qui les animent, au désir qui les submerge, aux amours éphémères qui les préoccupent et aux désillusions qui s’en suivent, sans négliger les angoisses que génèrent la réponse du fameux Parcours sup et les questions sur leur avenir confronté au déterminisme social…

Trois jeunes se détachent du lot : Suzanne (Suzanne Gerin), la discrète, l’élève studieuse, toujours en retrait, qui se sent mal aimée, Toni (Colas Quignard) grand blond dégingandé, un brin perturbateur, et James (Mitia Capellier-Audat), le beau gosse — et qui le sait — impertinent et séducteur. S’il est évident que, pour Toni, ce séjour est un retour aux sources, une quête d’identité et de vérité, on se rend compte que pour tous, ce voyage scolaire va changer de manière marquante leur façon d’appréhender la nouvelle vie qui se présente à eux après le bac. 

Un coup de chapeau aux trois acteurs non-professionnels, touchants et émouvants, et à la comédienne Antonia Buresi, parfaite en prof volontaire, énergique, qui parvient à conserver son sourire et sa passion pour son métier en toute situation… ou presque. Chacun, à leur manière, ils apportent à leurs personnages, une mélancolie qui mène La Gradiva vers une bouleversante gravité. On gardera longtemps en mémoire la conclusion tragique de Toni : « Tout est sale, en fait »… Mais que le spectateur se rassure, les images de Marine Atlan sont elles, magnifiques.

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