Une femme blessée mais debout

À 30 ans, Juliette (Marilou Aussilloux) est apparemment heureuse de travailler dans la finance / Photo : Agat Films_Bibi Film_Arte France Cinéma

Robert Guédiguian filme la vie des gens simples depuis plus de quarante ans. Avec Une Femme aujourd’hui,  au cinéma mercredi 21 octobre, il observe une jeunesse attirée par le mirage de la finance. Mais ne comptez pas sur lui pour que ça dure. 

Depuis 1981 et son Dernier Été, Robert Guédiguian ne se lasse pas d’observer les conditions de vie des gens modestes du quartier de l’Estaque à Marseille. Il les filme en famille, au travail. Il nous raconte leurs histoires d’amour, leurs moments de détente ou de tension… toujours entouré d’acteurs fidèles, à commencer par son épouse Ariane Ascaride, et ses copains de longue date, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan, rejoints depuis par une petite bande de la jeune génération, Grégoire Leprince-Ringuet, Lola Naymark, Robinson Stévenin… Tous au générique de son nouveau film Une Femme aujourd’hui, présenté à la Mostra de Venise.  

Après quarante-cinq années à scruter l’évolution de la société, Robert Guédiguian nous présente Juliette (Marilou Aussilloux), casque sur les oreilles, sur une trottinette électrique. À 30 ans, elle occupe déjà un poste prestigieux dans le domaine de la finance. Elle est installée dans une maison spacieuse et moderne avec piscine — et un voisin (Jean-Pierre Darroussin) un peu trop curieux — dans un des beaux quartiers de Marseille. Sa vie trépidante est rythmée de brèves histoires d’amour, des déplacements professionnels nombreux et quelques repas de famille auxquels elle ne peut échapper. Sans vraiment s’en rendre compte, Juliette s’est éloignée des siens restés simples, au grand dam de Cathy, sa mère (Ariane Ascaride), et d’Alex (Gérard Meylan), son père, un peu plus compréhensif.

Un drame

Pour qui connait le cinéma de Robert Guédiguian, on l’imagine mal rester longtemps dans l’univers d’une business compagnie. Pour en écarter son héroïne, le réalisateur scénariste trouve un prétexte parfaitement d’actualité. Lors d’une soirée trop arrosée, la jeune femme se fait agresser sexuellement par son supérieur. Pour Juliette qui avait tout misé sur son travail, il va falloir du temps et du courage pour reconstruire sa vie personnelle et professionnelle. Et c’est ça qui intéresse Robert Guédiguian. Comment Juliette, une jeune femme d’aujourd’hui, va-t-elle redonner un sens à sa vie ? 

On sait Juliette, intelligente, jolie, financièrement indépendante, émancipée. Mais là voilà momentanément brisée. Pour cicatriser ses blessures, le mieux, c’est peut-être de prendre conscience de celles des autres. Juliette va s’intéresser à un foyer de jeunes mères célibataires et se rapprocher de son directeur, le doux Christian (Grégoire Leprince-Ringuet). Elle va venir donner un coup de main à la comptabilité de l’association. Les chiffres, c’est son affaire. Et puis, elle va renouer avec ses parents qui s’inquiètent pour elle, avec ses frères qui rament ; l’un étant ouvrier, l’autre au chômage…  C’est au tour de Juliette d’observer la vie des autres, leurs bonheurs simples mais stables, et de trouver auprès d’eux le courage d’affronter son agresseur en portant plainte.  

Une fois encore, on aime la générosité du cinéma de Robert Guédiguian et de ses comédiens avec cette bonne surprise que représente Marilou Aussilloux déjà présente dans La Pie voleuse mais qui porte avec brio cette Femme aujourd’hui d’un bout à l’autre. Chapeau !

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