photo Marco Borggreve

photo Marco Borggreve

Pour interpréter les Variations Goldberg de Bach, il lui a fallu du temps. Alexandre Tharaud s’est éloigné de la scène pendant une saison pour travailler cette œuvre immense et mystérieuse. Pianiste virtuose au toucher de velours, il donne sa version de ces 30 variations dans un album, sorti en octobre dernier. Avec cette partition, Alexandre Tharaud revient à Bach. Il reste un pianiste insatiable qui explore de multiples répertoires (Ravel, Chopin, Satie, Rameau…), joue son propre rôle dans Amour de Michael Haneke, rend hommage aux artistes du Bœuf sur le toit. Il vient mardi 1er décembre pour la première fois au Havre au Volcan pour interpréter les Variations Goldberg.

 

Pourquoi est-il nécessaire de ne pas donner de concerts pendant ce travail sur les Variations Goldberg ?

J’ai ressenti pour cette œuvre, plus que pour aucune autre, qu’il fallait du temps, de l’espace. Chaque jour, nous sommes pris dans un tourbillon qui n’est pas toujours favorable à l’apprentissage, à l’appréhension d’une œuvre. J’ai préféré prendre une année sabbatique. Au départ, pour les travailler et les jouer en concert. Quand on promène une œuvre, on a à un moment donné envie de l’enregistrer.

 

En quoi les Variations Goldberg sont-elles une œuvre mystérieuse ?

Elle a en effet beaucoup de mystères. D’où les légendes qui entourent cette œuvre. Sa propre histoire est déjà un mystère parce que l’on ne sait pas très bien pourquoi elles ont été écrites. Par ailleurs, comme dans toute l’œuvre de Bach, il y a beaucoup de choses impalpables. Il est toujours difficile de parler de la musique de Bach. Elle nous surpasse.

 

Bach a écrit 30 variations. Quelle est la place du silence dans cette œuvre ?

Elle est importante. C’est une suite de 30 variations. Certaines s’enchainent. D’autres demandent des silences. Mais cela se fait avec le public.

 

Quelle variation préférez-vous ?

Ce sont 30 chefs-d’œuvre absolus. Cependant celle qui va vous chercher au plus profond de vous, c’est la 25e. Elle est aussi la plus lente, la plus longue et possède des harmonies quasi-atonales.

 

 

 

Avec les Variations Goldberg, c’est un retour à Bach.

C’est un répertoire que je connais bien. Cette œuvre m’a tendu les bras. Je lui tends mes mains. C’est une rencontre. C’est une aventure avec une œuvre qu’il faut mener avec ses mains et aussi avec son cœur.

 

Pourquoi les Variations Goldberg traversent votre parcours maintenant ?

Avant, il était trop tôt. On ne se considère jamais assez mûr pour les jouer et les enregistrer. C’est une telle responsabilité ! Les gens vont acheter votre album qui sera une référence. Tout cela a mis du temps. Je me suis alors donné les moyens de travailler cette œuvre.

 

Être sur scène, c’est aussi une responsabilité ?

Oui mais elle est différente. Elle est éphémère. Sur un disque, tout est gravé.

 

Lors d’un enregistrement, vous avez la possibilité de vous arrêter et de recommencer.

C’est vrai et ce sont d’ailleurs des journées entières d’enregistrement. Cependant, un disque reste. Un concert est un instantané, une photo.

 

Avec ce temps consacré aux Variations, comment votre jeu a-t-il évolué ?

Il y a plus de profondeur, de compréhension. Les Variations Goldberg avancent aussi comme elles le souhaitent. Ce travail se fait à deux. C’est un dialogue permanent. C’est comme si j’avais gravi une montagne.

 

  • Mardi 1er décembre à 20h30 au Volcan au Havre. Tarifs : 33 €, 9 €. Pour les étudiants : réduction avec la Carte Culture. Réservation au 02 35 19 10 20 ou sur www.levolcan.com
  • Mardi 2 février à 20 heures au Théâtre des Arts à Rouen. Tarifs : de 32 à 10 €. Réservation au 02 35 98 74 78 ou sur www.operaderouen.fr