# 28 / Franck Testaert : « Nous nous battons depuis des années pour faire connaître nos métiers »

par | 28 mai 2020 | A la une, covid-19, Dossiers

Pas de concerts encore mais une exposition, comme tous les étés depuis plusieurs saisons. Exhibit !, festival des arts numériques, commence le 27 juin au Tetris. La salle de musiques actuelles havraise reprend vie. Explication avec son directeur Franck Testaert.

Comment avez-vous vécu le confinement ?

Ce fut une période étrange. Dans l’équipe du Tetris, nous avons vécu ce confinement de manière différente. Le bar et le restaurant étaient fermés. Pour ce personnel, ce fut du chômage partiel. Pour Johanne, notre administratrice, ce fut du plus de 100 %. L’accompagnement des groupes et des structures, commencée en janvier, s’est poursuivie. Tout comme la radio. Matthieu a délocalisé le studio chez lui. Tiphaine était là. Nous avons continué nos réunions par Skype ou au téléphone. Ce fut aussi une occasion de réfléchir sur le projet, de penser à la suite. Même s’il n’a pas été identique pour tout le monde, le confinement n’a pas été une source d’anxiété. Nous sommes revenus, pour les trois quarts, le 11 mai dans une ambiance positive.

Est-ce qu’il a été difficile de prendre des décisions ?

Nous nous posions justement cette question l’autre jour. Nous avons reçu les mêmes informations dix fois et les mêmes informations contradictoires autant de fois. Se sont posées les questions du chômage partiel, des intermittents. Nous avons un groupement d’employeurs, BCBG, qui a fait le job pour les 50 structures. Nous avons aussi mis en place des réunions avec le comité de direction, le conseil social et économique, une partie du conseil d’administration et pris ensemble des décisions qui nous paraissaient logiques. Cela nous a assez bien rassurés. Nous avons avancé de cette manière pendant ces deux mois.

L’expo en vidéo

Vous avez relancé une partie de l’activité du Tetris.

Nous assurons la vente de plats à emporter du lundi au vendredi. C’est l’équipe qui a souhaité rouvrir la cuisine. Nous faisons très attention à toutes les règles sanitaires. Les personnes montent au Fort de Tourneville et viennent pique-niquer sur l’herbe tout en respectant les mesures préconisées.

Chaque été, le Tetris reste ouvert avec le festival numérique Exhibit !. Qu’en est-il cette année ?

Nous sommes en train de terminer la programmation. Le 27 juin, Le Tetris ouvre au public. Tout comme le bar et le restaurant en respectant les mesures imposées par l’État. On va s’adapter. On va peut-être installer des cabanes de jardin dehors. Et la billetterie aussi avec un accueil avec des préconisations d’éloignement. Pour l’exposition, il faudra prendre rendez-vous. Nous accueillerons des groupes de 10 personnes. Nous allons fonctionner comme un musée. Ce sera plus compliqué pour le Fab Lab qui est un atelier. Tout est encore à l’étude.

Est-ce que les studios vont également rouvrir ?

Nous accueillons des groupes selon des règles que nous avons fixées. Seuls les concerts n’ont pas repris. Nous relançons également l’activité de médiation dans les prisons avec un travail de captation vidéo afin de créer du lien. Nous avons aussi prévu une vidéo de toute l’exposition de l’été dans laquelle il sera possible d’interagir.

“Tant que l’on ne nous interdit rien, on le fait”

Avez-vous prévu l’organisation de Ouest Park ?

C’est bouclé aussi. Tout est programmé et nous travaillons à une nouvelle scénographie pour nous adapter aux conditions du moment. Tant que l’on ne nous interdit rien, on le fait. Si on ne peut pas, on annulera. Ce sera à l’État de légiférer.

Quelle sera la réaction du public à l’ouverture des structures culturelles selon vous ?

Nous le voyons sur le Quai de Southampton au Havre, des personnes sont assises sur les pelouses. Notre restaurant fonctionne presque aussi bien aujourd’hui qu’avant le confinement. Les gens ont envie de sortir. Je pense que le public sera là même si cela se fait sous certaines conditions.

Que pensez-vous du plan culture annoncé ?

Sincèrement, nous avons un ministre de la Culture qui n’est pas à la hauteur. Nous avons toujours des difficultés d’échanger avec une personne qui ne sait pas de quoi elle parle. Nous nous battons depuis des années pour faire connaître nos métiers. Il serait temps de discuter de culture sans que l’on nous dise ce qu’il faut faire et comment il faut le faire. Le travail dans les écoles ? On le fait depuis des années et cela s’appelle de la médiation. Comme pour l’hôpital, il est nécessaire de réfléchir et d’arrêter de réduire les dotations. Aujourd’hui, on entend : on n’avait pas compris.

Quel avenir pressentez-vous pour le secteur culturel ?

Ça va être hyper violent. Surtout pour les petites structures et les artistes en développement. Pour eux, il faut un vrai plan. On revient toujours à des questions de fond. Que fait-on pour les plus fragiles ? Les SMAC (scène de musiques actuelles, ndlr), comme Le Tetris, sont accompagnées par les collectivités pour faire un travail et devraient s’en sortir. Lors d’une sécheresse, est-ce que l’on garde seulement les gros arbres ou est-ce que l’on remet du terreau pour les jeunes pousses ?

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