Alexandre Tharaud : « Enfant, je ne voulais pas travailler le piano »

photo : Marco Borggreve

Si Alexandre Tharaud est un artiste fidèle, chacune de ses venues à Rouen n’en reste pas moins un événement. Lors de cette saison 2021-2022, le pianiste virtuose a même une carte blanche à l’Opéra de Rouen Normandie. Premier rendez-vous vendredi 8 octobre avec l’artiste qui accompagne la soprano Sabine Devieilhe dans Chanson d’amour avec des œuvres de Fauré, Poulenc, Ravel et Debussy. Il revient jeudi 25 novembre pour un concert romantique à la chapelle Corneille et sera les 6 et 7 mai avec l’Orchestre régional de Normandie et de l’orchestre de l’Opéra, dirigés par Ben Glassberg, pour un concert coloré avec des partitions de Dmitri Chostakovitch et Thierry Pécou. Entretien.

Entre Rouen, notamment l’Opéra, et vous, une longue histoire continue à s’écrire.

J’ai joué à Rouen pour la première fois quand j’avais 18 ans. C’était un récital de piano dans une école de musique. J’avais été invité par son directeur, M. Duvauchel, un homme adorable. Je suis revenu plus tard à l’Opéra, dirigé alors par Daniel Bizeray. De concert en concert, ce sont des liens forts qui se sont noués. Loïc Lachenal (directeur de l’Opéra de Rouen Normandie, ndlr) m’a invité plusieurs fois et proposé cette carte blanche cette saison. C’est un directeur vif qui voit loin. J’aime bien ces personnes avec une telle force d’entraînement, des idées fortes, un pouvoir d’attraction par leur énergie positive. Cela devient ainsi possible de construire avec une équipe et avec le public.

Est-ce une salle singulière ?

J’aime l’architecture de cet opéra. Je trouve que tous les volumes de cette maison sont réussis. La salle est très ronde. La cage de scène est magnifique. Quand vous êtes dans un lieu qui vous aime et que vous aimez, vous jouez mieux.

Vous donnez un premier concert cette saison avec Sabine Devieilhe. Comment avez-vous construit ensemble ce programme de Chanson d’amour ?

Pour cette tournée, il nous arrive de modifier le répertoire. C’est important de bousculer les choses, de se remettre en question. Quand on enchaine les concerts, le grand danger est de tomber dans la routine. Nous voyageons dans ce répertoire de compositeurs français du début du XXe siècle. Quand Sabine chante, j’ai l’impression que ces musiques ont été écrites pour elle. Avec Poulenc, notamment, elle est incroyable.

Vous partagez tous les deux cet amour pour la musique française.

Elle lui va comme un gant. On ne peut pas faire mieux. Je suis en effet un fou de musique française. J’en joue beaucoup et j’en ai beaucoup entendue. Mon père était chanteur d’opérette. J’ai grandi, entouré de nombreuses partitions, baigné de musique française avec Poulenc, Messager, Debussy, Ravel, Fauré… Comme j’étais paresseux, je déchiffrais ces partitions. À 8 ans, je les connaissais par cœur.

Déchiffrer une partition ne demande pas beaucoup de travail ?

J’étais vraiment paresseux. Enfant, je ne voulais pas travailler le piano. Je détestais répéter, faire des exercices. Déchiffrer une partition me permettait de gagner du temps. Après, je suis devenu un fou de travail.

À quel âge ?

C’est venu d’un coup. À un moment, je n’avais plus le choix. J’étais grisé par la technique. À l’adolescence, j’étais mal dans ma peau et le piano m’a mis en valeur. Alors j’ai travaillé.

Votre piano devient romantique lors du deuxième rendez-vous de votre carte blanche.

Ce concert va correspondre avec la sortie du disque consacré à Schubert. Ce sera un programme romantique avec aussi la Sonate n°2 de Chopin. Cette marche funèbre est un chef-d’œuvre. Chaque mesure est un chef-d’œuvre. Chopin a été très inventif, avant-gardiste dans la construction, dans la structure, dans les harmonies. Cette partition a une architecture phénoménal.

Lors du troisième concert, vous retrouvez Thierry Pécou, un musicien et compositeur, installé à Rouen qui a déjà écrit pour vous.

Il a écrit pour moi L’Oiseau innumérable, une magnifique pièce que nous avons enregistrée. Il y a eu un Concerto pour piano et chœur, créé avec Les Éléments. Là, ce sont des retrouvailles. Je vais jouer un troisième concerto de Thierry Pérou. C’est très rare pour un musicien de créer trois œuvres d’un même compositeur. Le travail entre nous deux est devenu très profond. Comme il me connait bien, il sait où ça va sonner. Et moi, en regardant sa partition, je sais ce qu’il veut. Il y a une évidence. C’est une relation fantastique entre un compositeur et un musicien. Nous voyons l’autre évoluer. Nous savons ce qu’il ressent, ce qu’il vit intérieurement… On ne peut que jouer de mieux en mieux la musique.

La carte blanche

  • Vendredi 8 octobre au Théâtre des Arts à Rouen. Durée : 1h15. Fauré, Poulznc, Ravel, Debussy
  • Jeudi 25 novembre à 20 heures à la chapelle Corneille à Rouen. Durée : 1h30. Schubert, Lizst et Chopin
  • Vendredi 6 mai à 20 heures et samedi 7 mai à 18 heures au Théâtre des Arts à Rouen. Durée : 1h45. Smyth, Pécou et Chostakovitch

Infos pratiques

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