La Femme qui en savait trop, troisième long-métrage de Nader Saelvar, sur les écrans de cinéma mercredi 27 août, a remporté le Prix du Public à la Mostra de Venise ainsi qu’au Festival des Cinémas d’Asie de Vesoul.
Après 7 jours d’Ali Samadi Ahadi, voici un nouveau film qui met à l’honneur le courage des femmes iraniennes. La Femme qui en savait trop, troisième long-métrage de Nader Saelvar, écrit par Jafar Panahi dont on découvrira prochainement la Palme d’or, Un Simple Accident, met en scène une professeure à la retraite, témoin d’un meurtre commis par une personnalité influente du gouvernement. Mme Ghorbani (formidable Maryam Boubani) signale les faits à la police qui renonce à ouvrir une enquête. En quête de justice, cette femme engagée devra choisir entre céder aux pressions politiques ou mettre en jeu son avenir.
Auteur de Trois Visages, le film de Jafar Panahi a reçu le Prix du Scénario à Cannes en 2018, Nader Saelvar s’est inspiré d’un fait réel pour imaginer cette Femme qui en savait trop. En 2019, le maire de Téhéran, Mohammad-Ali Najafi, est condamné à mort pour le meurtre de sa seconde épouse. La famille de la victime ayant été « convaincue » des bienfaits du pardon, l’homme ne fera que quelques mois de prison…
Le quotidien d’une femme
Sur grand écran, pas de coup d’éclats, juste le quotidien d’une femme d’un âge avancé que la caméra suit discrètement : tout d’abord à la salle de danse où Zara (Hana Kamkar), orpheline qu’elle considère comme sa fille, prépare un spectacle avec ses élèves, puis dans une prison où elle remonte le moral de son fils (Abbas Imani), emprisonné à cause d’une dette non remboursée, encore dans la maison luxueuse de son gendre Solat (Nader Naderpour) où elle donne des cours à sa petite-fille Ghazal (Ghazal Shojaei), enfin dans un lycée aux côtés de professeures syndiquées… Militante pacifiste mais volontaire, Mme Ghorbani prend encore et toujours des risques pour aider les autres, à commencer son fils qui sortira de prison après l’intervention de Solat, sa fille qu’elle soutient quand le ménage bat de l’aile, Ghazal quand on lui reproche de ne pas porter le hijab.
Pas de coups d’éclat non plus à l’heure du meurtre : Mme Ghorbani entre par hasard dans une chambre où git un corps et fait semblant de croire aux explications de Solat… Jusqu’où ira-t-elle pour obtenir justice ? Nader Saelvar qui a fui l’Iran depuis, filme les pressions, les menaces à peine voilées, le calme et la maîtrise de cette femme courageuse.
Si la situation des femmes opprimées en Iran peut paraître désespérante, les nombreux films qui témoignent de leur courage depuis le mouvement Femme, vie, liberté, donnent de l’espoir, comme la fin de cette Femme qui en savait trop. La lutte se poursuit, doucement mais sûrement, et mérite qu’on la soutienne en s’y intéressant. Ne ratez pas le générique de fin qui montre des jeunes femmes dansant dans la rue, sans voile, et l’intervention brutale de la police. Des images réelles prises à l’aide de téléphones et qui font le tour du monde. Edifiant !
- La Femme qui en savait trop de Nader Saeivar (Iran, 1h40) avec Maryam Boubani, Nader Naderpour, Abbas Imani…
