Une femme invisible

Marianne (Mélanie Thierry) en pleine crise existentielle / Photo : Jour2Fête

Pour adapter le roman d’Hélène Lenoir, Son Nom d’avant, David Roux invite Mélanie Thierry à devenir La Femme de, à un moment de sa vie où elle n’en peut plus de jouer l’épouse modèle d’un riche industriel et la mère dévouée. Le film est à voir au cinéma mercredi 8 avril.

Avec La Femme de, David Roux nous introduit au sein d’une famille de la bourgeoisie industrielle catholique de province. Mais, comme le titre l’indique, il ne s’intéresse pas au digne héritier du patrimoine, Antoine (le Rouennais Éric Caravaca, d’une bonhommie glaçante), mais à sa compagne Marianne (Mélanie Thierry, toute en retenue) qui, depuis qu’elle ne porte plus Son Nom d’avant — titre du roman d’Hélène Lenoir (1998) — s’est métamorphosée en épouse idéale et mère dévouée. 

« Le film se joue de nos jours mais je voulais que l’on ressente que ce monde-là a une espèce de permanence avec les époques. Il persiste selon des formes qui se renouvellent un petit peu mais la matrice est toujours la même qu’on soit dans les années 1950, 1990 ou en 2025 », commente David Roux en présentant son film au Festival de Sarlat. De fait, si l’on ne voit aucun téléphone portable, on peut apercevoir un ordinateur, une console de jeu vidéo, un drone, tandis que la maison familiale en plein hiver — un personnage dans le film — nous ramène au siècle dernier.   

Dépendante financièrement

« Pour la grande bourgeoisie capitaliste, être réactionnaire et rétrograde est une des conditions pour rester en position dominante. Cependant, pour moi, il ne s’agit que du milieu dans lequel évolue Marianne, et ce n’est pas vraiment le sujet du film. Le sujet du film, c’est la condition féminine. Ce que vit cette femme, elle pourrait très bien le vivre dans un monde qui ne serait pas aussi bourgeois. »  

David Roux nous présente donc Marianne, 40 ans, femme d’un riche industriel, enviée et admirée, mère de deux enfants, une ado qui lui fait la tête et un fils qui adore son grand-père. Elle se sent prisonnière de ses obligations sociales, familiales et conjugales. L’imposante demeure qu’elle n’a jamais souhaité habiter, où elle doit s’occuper de son beau-père, quasi impotent et particulièrement désagréable, est presque devenue un piège pour elle. Trop dépendante financièrement de son mari et trop soumise à ses décisions, Marianne envie sa belle-sœur rebelle (Sarah Le Picard), repousse le soutien de son beau-frère (Arnaud Valois) et rêve d’une autre vie. Encore faut-il replonger dans son passé pour comprendre comment elle en est arrivée là. Un espoir est-il possible lorsqu’un homme du passé (Jérémie Régnier) resurgit dans sa vie ? 

En 1974, La Femme de Jean de Yannick Bellon mettait déjà en scène une jeune femme effacée qui souffre de n’être, depuis dix-huit ans, que l’épouse de son mari. La petite bourgeoisie de La Femme de nous ramène aux films de Claude Chabrol tout comme, récemment, le magnifique film de Jérôme Bonnell, La Condition. Mais à chaque fois, quel que soit le contexte, il est question de femmes invisibles, de douleur contenue, de prix à payer pour pouvoir vivre sa vie.

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