Nicolas Wadimoff a rencontré neuf hommes et femmes, tous gazaouis. Le réalisateur suisse a réuni des témoignages bouleversants dans Qui vit encore, un documentaire projeté en avant-première samedi 3 octobre au cinéma Omnia à Rouen lors du festival Regards sur la Palestine.
Nicolas Wadimoff s’est rendu plusieurs fois à Gaza. Il y a tourné deux reportages pour la télévision suisse. « Après le 7 octobre, les jours et les semaines qui ont suivi, j’étais face au fracas de la guerre et à l’horreur. J’ai voulu me rendre une nouvelle fois à Gaza — ce qui était impossible — ou m’en rapprocher. » Le réalisateur s’arrêtera au Caire où il retrouve Jawdat Khoudary, gazaoui. « J’ai vu la personne que je connaissais mais il n’était plus le même à l’intérieur. J’ai vu un fantôme. Il était dans un tel état psychique, en plein traumatisme. »
Ces retrouvailles sont le point de départ de ce documentaire, Qui vit encore, projeté en avant-première au cinéma Omnia lors du festival Regards sur la Palestine. « Pour Jawdat, il fallait faire entendre une parole, faire un film. Mais comment faire un film sur Gaza sans aller à Gaza ? » Nicolas Wadimoff emmène en Afrique du Sud — un pays qui ne demande pas de visa pour les Palestiniens de Gaza —Jawdat Khoudary, Ghada Alabdala, Hana Eleiwa, Haneen Hanara, Malak Khadra, Eman Shannan, Adel Altaweel, Feras Elshrafi, Mahmoud Jouda pour tourner le film. Elles et ils sont lycéenne, artiste plasticien, journaliste, musicien, directrice d’une agence de communication, entrepreneur… Toutes et tous ont fui la bande de Gaza pour se réfugier en Égypte.
Dans une ville dessinée
Comment parler de Gaza en étant à des milliers de kilomètres ? Le groupe s’est installé dans un studio à Johannesbourg. Sur le plateau, les neuf femmes et hommes ont dessiné la bande de Gaza, leur quartier. Ensemble, ils se souviennent de la vie d’avant, des membres de leur famille et des amis disparus, de leur départ pour fuir l’innommable aussi de leur attachement à cette terre. Nicolas Wadimoff les filme les unes après les autres ou ensemble. Les corps sont meurtris. Les mots se mêlent aux larmes. Il n’ajoute pas des scènes de la guerre. « Nous sommes dans un trop plein d’images et cela nous met dans un état d’anxiété qui paralyse les émotions. Et cela ne produit plus rien. Je voulais donner au public la possibilité de rencontrer ces personnes. »
Rencontrer des femmes et des hommes, qui gardent encore une force intérieure, à travers des témoignages bouleversants et des silences. « Ce sont des moments dans lesquels nous pouvons nous glisser, des moments de pause qui font surgir des images pour retrouver du temps pour l’émotion et la réflexion », explique Nicolas Wadimoff qui transmet cette parole précieuse avec une grande délicatesse.
Infos pratiques
- Du 2 au 4 octobre à au cinéma Omnia à Rouen
- Projection de Qui vit encore samedi 3 octobre à 20 heures au cinéma Omnia à Rouen en présence de Nicolas Wadimoff
- La programmation des Regards sur la Palestine
