photo Micky Clément

photo Micky Clément

C’est une artiste audacieuse qui se frotte à la musique, à l’écriture, à la danse, au théâtre. Avec Claire Diterzi, on ne va jamais au concert mais à un spectacle qui mêle les disciplines artistiques. Pour son nouveau projet, 69 B.P.M. (ou 69 battements par minutes), la chanteuse a commencé par écrire un journal de bord avec textes, dessins, collages, photos, celui de cette création inspirée par le dramaturge argentin Rodrigo Garcia. Il y a dans 69 B.P.M. de la tristesse, de la rage. C’est rock, cru. Claire Diterzi qui est vendredi 29 janvier au Trianon transatlantique à Sotteville-lès-Rouen, combat ses démons.

 

Vous êtes-vous toujours sentie à l’étroit dans le format de la chanson ?

Le format de la chanson est passionnant. Ecrire une chanson, c’est résoudre une équation. Ce qui m’ennuie, c’est le contexte dans lequel on la met. Un album a une carrière déterminée. C’est trop réducteur alors qu’une chanson a un potentiel énorme. Pour moi, il est important de la confronter à l’art pictural, au théâtre à la danse…

 

Vous parlez d’équation. Est-elle difficile à résoudre ?

Oui c’est difficile. Aux yeux de beaucoup, c’est un texte et une musique. Or, c’est un format magique. Avec Rosa La Rouge, j’ai intégré l’image. Avec 69 B.P.M., je vais plus loin. C’est un tract, une propagande. Une chanson est intéressante si on y ajoute un discours en plus. Aujourd’hui, je ne supporte plus de ce que le système a fait de et art.

 

Pour cette création, vous avez commencé par la lecture de textes de Rodrigo Garcia.

Avant d’écrire la moindre chanson, j’ai en effet lu Rodrigo Garcia. J’ai aussi décidé de tenir un journal de bord pendant un an. J’ai ensuite à travailler à partir de cet objet qui rassemble des textes graves sur le couple, l’amour, la sexualité, la politique, la religion…

 

Dans ce projet pluridisciplinaire, avez-vous écrit une dramaturgie comme dans une pièce de théâtre ou un spectacle de danse ?

Je conçois mes spectacles comme je fais une recette. Je commence par choisir le plat. Puis, je vais faire mon marché, je choisis mes ingrédients, je cuisine. Cela demande beaucoup de travail. Il faut que ce soit riche. Quand je vais voir un concert ou un spectacle, je m’ennuie. Je prends rarement des claques dans la gueule. Il faut que ça gratte, que ça dérange, que ce soit hilarant…

 

 

 

Pourquoi ce choix de Rodrigo Garcia ?

Il est au dessus du lot. C’est un punk qui a un talent phénoménal, un auteur visionnaire. Ses écrits peuvent être à la fois violent, brutal, hilarant. Il n’a pas peur de faire peur. Et l’art doit servir à ça. Pour moi, il fait partie de l’avant-garde.

 

Il y a beaucoup de colère dans 69 B.P.M., n’a-t-elle pas toujours été présente, mais à moindre degré, dans vos albums ?

Ce que je conçois a toujours un rapport avec ce que je vis. Je m’interroge souvent sur la raison pour laquelle je vais sur scène. Je ne fais que tracer ma route. A chaque projet, je me dois de me renouveler, de durer. Je suis très fière de ce projet. Je suis contente des retours du public. Je suis fière aussi de mener cela en toute indépendance mais si j’en chie un peu. Je déplore les agissements de l’industrie du disque, des mots immondes, qui n’a aucune créativité, qui veut mettre des étiquettes sur tout et n’importe quoi.

 

Qui êtes-vous sur scène ? Une actrice ? Une chanteuse ?

Je suis comme une actrice. Je me mets dans des rôles. Je peux être une enfant de 5 ans, une poupée débile, un homme… La voix est au service du propos.

 

 

  • Vendredi 29 janvier à 20h30 au Trianon transatlantique à Sotteville-lès-Rouen. Tarifs : de 18 à 9 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 73 95 15 ou sur www.trianontransatlantique.com