Richard DubugnonRichard Dubugnon est l’un des deux compositeurs invités, avec Thierry Pélicant, au festival de musique de chambre qui se tient du 20 au 30 août à Giverny. Ce passionné d’histoire et d’art écrit une musique empreinte de sensibilité, inscrite dans une longue tradition. Ses œuvres sont interprétées par des artistes internationaux et des orchestres renommés. Le festival fait découvrir trois d’entre elles, Die Laune Aiolos, un Quatuor avec piano et Ellébores pour quintette à cordes. Richard Dubugnon a également composé la version orchestrée d’Incantatio, pour violoncelle et quintette à cordes. Avant Giverny, il a fait un détour par la Russie.

 

Est-ce que les lieux sont importants pour vous ?

Non pas vraiment. Et ce depuis que ma situation familiale a évolué. J’ai deux petits enfants. Je suis obligé de m’adapter. Maintenant, j’arrive à travailler un peu partout. Avant, je ne pouvais pas composer lorsqu’il y avait une autre personne dans la même maison que moi. Aujourd’hui, le meilleur lieu est celui où j’arrive à me concentrer.

 

Composez-vous toujours au piano ou sur ordinateur ?

Tout se déroule en plusieurs étapes. Tout d’abord, cela se passe dans ma tête. Je peux travailler quand je me promène, dans les transports en commun, durant ces moments où je suis entre la veille et le sommeil. Après, j’essaie ce que j’ai imaginé au piano. Puis, je note sur des feuilles de papier. C’est comme un bassin d’idées. C’est ensuite que je travaille sur la forme. En fait, je procède comme pour un roman. Pour écrire une histoire, il y a beaucoup de travail au préalable. J’écris un plan. J’utilise l’ordinateur lorsque je suis arrivé au dernier stade de la composition. Je l’utilise comme un logiciel de traitement de texte.

 

Toutes vos pièces ont-elles un fil narratif ?

Cela dépend de la durée de la pièce. Il m’arrive néanmoins de me lancer sans effectuer ce travail au préalable. Aujourd’hui, je suis en train d’écrire un concerto de piano qui a une structure plus grande. Je suis comme un architecture qui pense aux fondations, aux arrivées d’eau et d’électricité…

 

Dans vos compositions, il n’y a pas de rupture avec cette longue histoire de la musique qui vous influence toujours.

Je ne peux faire autrement. C’est ma grammaire. Je vais reprendre l’analogie avec le roman. Pour parler une langue, il faut une grammaire. Elle provient des maîtres anciens. Cependant, je n’ai jamais eu l’ambition d’inventer un nouveau langage. Ce fut toute l’erreur des compositeurs de l’Après-Guerre qui ont rejeté tout ce qui avait été écrit auparavant. Il y a eu une espèce d’obsession de la nouveauté par peur de composer de la musique ringarde. A l’époque de Mozart, on avait des nouvelles œuvres qui s’inscrivaient dans leur temps. Aujourd’hui, on écrit toujours des musiques pop qui s’enrichissent. Il n’y a pas forcément une rupture.

 

Dans votre musique, il y aussi des influences pop, jazz.

Oui absolument. Je suis imprégné par toutes les musiques ambiantes mais je ne fais de copiage. Il faut juste être sincère avec soi-même.

 

Quelle place donnez-vous à la voix ?

Elle a une place assez centrale. J’aime la voix. J’aime l’opéra, les belles mélodies. C’est ce qu’il y a de plus expressif. Elle est facilement reconnaissable à l’oreille. D’ailleurs la musique doit pouvoir se chanter. On a souvent critiqué mes compositions pour cette raison : mes thèmes peuvent se chanter.

 

Vous êtes contrebassiste et vous avez cessé d’être instrumentiste. Est-ce que cette décision a été difficile à prendre ?

Non, cela s’est fait naturellement. J’y pensais depuis plusieurs années. Je joue toujours pour quelques occasions. Mais cela m’a paru évident lorsque ma première fille est née en 2013. Je savais que je prenais un risque. A ce moment-là, j’ai eu plus de commandes. Jouer et composer demandent deux énergies. Il faut en lâcher une pour capter l’autre. Et ce n’est pas toujours évident. Par ailleurs, ces deux activités sont complémentaires. Un compositeur qui ne joue pas ne peut être compositeur. Il faut maîtriser un instrument, jouer avec les autres. Cela enrichit.

 

Vous êtes un homme particulièrement curieux.

Oui, c’est dans ma nature. Je suis très curieux. Je me passionne notamment pour l’histoire, les langues, le rapport entre neurologie et la musique, sur la synesthésie, ce lien entre sons, parfums et couleurs. Oliver Sachs décrit cela très bien dans son livre, Musicophilia. Je lis beaucoup sur les sens, les rêves, les hallucinations. En fait, je suis un athée mystique.

 

 Les quatre pièces de Richard Dubugnon

  • Dimanche 23 août à 15 heures : interprétation de Die Laune Aiolos, pour alto et violon dans le programme Tea for two au musée des impressionnismes à Giverny
  • Jeudi 27 août à 20 heures : interprétation du Quatuor pour piano lors de l’hommage à Bridge au musée des impressionnismes à Giverny
  • Vendredi 28 août à 20 heures : carte blanche à Richard Dubugnon avec un quintette à cordes avec contrebasse de Onslow, Concerto bandebourgeois de Bach et Ellébores de Richard Dubugnon à la mairie de Vernon
  • Dimanche 30 août à 15h30 : interprétation de Incantatio pour violoncelle et quintette à cordes dans le programme Pomp and Circumstance à l’espace Philippe-Auguste à Vernon

 

Infos pratiques

  • Festival du musique ancienne à Giverny, du 20 au 30 août. Tarifs : 17 €, 10 €, 50 € les 5 concerts, 90 € le Pass Festival. Réservation au 09 72 23 33 52 ou sur www.concertclassic.com
  • Programme complet : ici