fatoumata diawaraFatoumata Diawara, ou Fatou pour tous ses fans, est une chanteuse, surtout une femme qui n’a pas sa langue dans sa poche mais les pieds sur terre. C’est une véritable résistante qui défend la liberté, qui n’a pas hésité au début de l’année à réunir autour d’un micro près de quarante artistes maliens dont Amadou et Mariam, Tiken Jah Fakoly, Oumou Sangaré pour chanter pour le Mali. Artiste multiple, Fatoumata Diawara a commencé au cinéma, a travaillé avec la compagnie nantaise, Royal de Luxe, a joué la sorcière dans la comédie musicale Kirikou et Karaba, a collaboré avec Dee Dee Bridgewater, Damon Albarn. Elle vient jeudi 1er août à Rouen pour clore les Terrasses du jeudi.

 

Des élections ont eu lieu au Mali ce week-end. Qu’en pensez-vous ?

J’ai été surprise de voir les Maliens s’impliquer très fortement sur leur avenir. J’ai pu regarder la chaine nationale, écouter des interventions. Je suis contente qu’à 22 heures des gens attendaient encore pour voter. Le prochain président a intérêt à être droit. Sinon, nous descendrons dans la rue pour qu’il quitte son poste. C’est très nouveau pour moi. Je me rends compte que la Maliens sont conscients de l’importance de leur terre. Ce que je ressens est très positif.

 

Au début de l’année, vous avez écrit Mali Ko (Pour le Mali), un titre sur lequel vous avez rassemblé de nombreux artistes maliens. Quel a été pour vous l’impact de cette chanson ?

Enorme. Au début, les artistes ne se rendaient pas compte à quel point il était important d’enregistrer cette chanson. Parce qu’ils sont les ambassadeurs de leur pays. Nous étions une seule voix, nous avons rassemblé tout le Mali autour de ce titre et le prochain président devra tenir compte de cela. Ce titre a participé à la mobilisation, au calme, a fait réfléchir les Maliens.

 

La musique peut donc faire bouger les choses ?

On savait que la musique était particulièrement quelque chose de spirituel. Là, nous avons la confirmation qu’elle peut faire bouger.

 

Quel a été l’élément déclencheur à l’écriture de cette chanson ?

C’était plus fort que moi. J’y voyais une nécessité. Il y a quelques mois, j’étais l’artiste malienne qui venait de sortir un album. J’avais donc accès aux médias. J’en ai profité pour faire entendre la voix de mon pays. Il le fallait parce que je souffrais. J’ai beaucoup pleuré dans les chambres d’hôtel. Je voyais mon pays se détruire. Quand j’ai appris que la musique était interdite dans le nord du Mali, je me suis sentie menacée. Par ailleurs, la musique est vitale, fondamentale pour le Mali. C’est peut-être dommage mais les Maliens écoutent plus la musique que les politiciens.

 

Est-ce facile de porter une telle initiative ?

C’est difficile mais il le fallait vraiment. Il ne fallait pas douter. Il y a une force au Mali qu’il faut utiliser.

 

Votre appel est d’autant plus fort qu’il provient d’une femme.

Oui, c’est énorme. J’ai en fait remis les choses à leur place. S’il avait fallu que les hommes ou les aînés le fassent, on attendrait encore. Je me suis comportée comme je portais mon pays comme mon enfant. Il était nécessaire de sauver une génération afin qu’elle soit libre.

 

Est-ce que Mali Ko a davantage touché les femmes maliennes ?

Il y a eu en effet une prise de conscience des femmes : si on laisse faire les hommes, on n’y arrivera pas. Donc, nous allons aller voter parce que nous avons des choses à dire sur notre pays. Aujourd’hui, les femmes doivent participer au développement du Mali.

 

Les femmes ont toujours tenu une place importante dans vos chansons.

Une femme n’est pas rien. Elle doit se faire entendre sinon elle souffre. Je veux être la voix des enfants et des femmes.

 

Est-ce que tout ce que vous avez vécu ces derniers mois sera le sujet de votre album ?

Oui, je pense. J’ai tout cela en moi. Je le dis avec douceur, amour et détermination.

 

Avez-vous d’autres projets ?

Je rêve de faire du cinéma, peut-être de passer à la réalisation pour pouvoir dire autre chose, aborder d’autres thèmes. Comme j’ai du courage, je dois y aller, servir d’exemple pour être le moteur de ma génération. Il faut s’exprimer, libérer la parole, témoigner. Il y a encore trop de non-dits. Quand il y a trop de non-dits, on répète les mêmes erreurs et on n’avance pas.

 

  • Jeudi 1er août à 22h30 place Saint-Marc à Rouen.
  • Concert gratuit

 

Les Terrasses du jeudi 1er août

  • Place de la Cathédrale à 18h30 et 20h15 : Lili Cros & Thierry Chazelle (chanson)
  • Place du Vieux-Marché à 18h45 et 20h30 : Dominique Carré (jazz manouche)
  • Espace du palais à 19 heures et 20h45 : Bebey Prince Bissongo (world)
  • Place de la Pucelle à 19h15 et 21 heures : Dallas (blues hip-hop)
  • Place de la Calende à 19h30 et 21h15 : Magic Hawaï (rock)
  • Place Saint-Marc à 22h30 : Fatoumata Diawara
  • Concerts gratuits