Il y a des liens forts entre la vidéo et le cinéma. La première va jusqu’à rejouer le second dans des Remake qui sont présentés jusqu’au 5 janvier au Frac Normandie Rouen à Sotteville-lès-Rouen.

Les vidéastes ne s’inspirent pas seulement du cinéma. Ils s’en emparent pour le copier, le détourner, le questionner, l’adapter. Une manière de revisiter l’histoire d’un art et d’en bouleverser les codes. Pour cette nouvelle exposition à voir jusqu’au 5 janvier, le Frac de Normandie Rouen réunit quelques fabuleux Remake d’artistes contemporains qui exploitent différents formats.

Retour aux prémisses du cinéma avec Karl Nawrot. En référence aux frères Lumières et à Méliès, il a réalisé une animation en noir et blanc avec une maquette et des effets de fumée pour évoquer un train fantôme. Yazid Oulab donne à voir des lignes de fumées blanches, plus ou moins continues, comme la machine d’Étienne-Jules Maray conçue en 1899 pour étudier les mouvements de l’air. L’impressionnisme n’a pas laissé indifférents les vidéastes. Les uns, comme Anne-Mie van Kerckhoven, créent des remake des films existants. Les autres préfèrent travailler sur le motifs. Ange Leccia bouleverse notre perception des vagues en renversant les images.

Des péplums aux comédies musicales

L’abstraction, non plus, n’échappent pas aux artistes. Isabelle Cornaro fait un clin d’œil à Oskar Fischinger, figure de l’avant-garde allemande dans les années 1920 qui liait formes géométriques et musique. Autres courants : le cinéma expressionniste et le surréalisme, portés par Fritz Lang et Murnau, donnent des idées à Peter Tscherkassky,  Ulla von Brandenburg ou encore Shana Moulton qui jouent avec les contrastes, avec les objets, les collages, les situations rocambolesques. Du burlesque, il y en a dans les créations de Mark Leckey et Martin Arnold qui mettent en scène Felix le chat pour le premier, et Dufy Duck pour le second.

Dans No More Bets, Stephen Dean écrit une symphonie urbaine. Là, pas de narration mais des impressions, des mouvements répétitifs, des couleurs qui plongent dans un environnement hypnotique et illusionniste. La Nouvelle Vague a marqué l’histoire du cinéma et aussi Dennis Adams. Dans Black Belmondo, celui-ci reprend des images d’À Bout de souffle de Jean-Luc Godard, juste la scène finale lorsque Jean Seberg se passe le pouce sur les lèvres. Dans sa vidéo, l’actrice, proche des Black Panthers, se grime en blackface. Ce sont alors deux histoires qui se rejoignent.

La dernière partie de Remake est consacrée aux films de genre. Les artistes se jouent des comédies musicales, des péplums, des films d’action et de suspense, les thrillers. Salla Tykkä s’approprie l’univers d’Hitchcock. Gregg Biermann rejoue Singing in the rain. Fayçal Baghriche mélange deux versions du Messager. Julien Prévieux s’amuse avec les effets spéciaux dans Le Monde ne suffit pas, une des aventures de James Bond. Quant à Brice Dellsperger, il réalise un face à face mystérieux pour aborder le dédoublement avec la reprise d’une scène de Passion de Brian de Palma. Tous interrogent les esthétiques de ces genres particuliers avec beaucoup d’humour et une grande liberté.

Remake de » Le Monde ne suffit pas » par Julien Prévieux

Infos pratiques

  • Jusqu’au 5 janvier, tous les jours du mercredi au dimanche de 13h30 à 18h30, au Frac Normandie Rouen, 3, place des Martyrs-de-La Résistance, à Sotteville-lès-Rouen.
  • Entrée libre.
  • Renseignements sur www.fracnormandierouen.fr