Yasmina Khadra raconte Kadhafi. L’auteur des Hirondelles de Kaboul relate cette nuit du 19 au 20 octobre 2011. La plus longue pour le Raïs et surtout la dernière pour celui qui dirigeait la Libye d’une main de fer depuis 1969. L’écrivain est mercredi 18 novembre à l’Armitière à Rouen.

 

YKhadra« Si je suis encore en vie, c’est la preuve que rien n’est perdu. Je suis Mouammar Kadhafi, cela devrait suffire à garder la foi. » Quand le livre commence, Kadhafi a été contraint de se replier. Caché dans une école des faubourgs de Syrte, il n’est plus protégé que par sa garde rapprochée et les vivres viennent à manquer. Le moment est bien choisi pour faire le point, non pas seulement sur la situation – très mal engagée , même si personne autour de Kadhafi n’ose évoquer le problème – mais sur toutes ces années de pouvoir. Et surtout d’abus de pouvoir.

 

Raconter la trajectoire du despote du désert avec trop de distance eût été fastidieux. Dans La Dernière Nuit du Raïs, Yasmina Khadra va donc au plus près et met ses mots dans la bouche du dictateur pour un récit à la première personne. Il devient alors inutile d’en rajouter sur l’arrogance du personnage, sa mégalomanie… Sa folie ? Celles-ci deviennent patentes. Mais son propre aveuglement n’empêche pas ce Kadhafi-là d’être lucide ; ou à tout le moins, de ne pas oublier son passé, et surtout de ne pas le renier.

 

Avec le « je », Khadra se fait l’avocat du Diable. Il trouve des « raisons » à toutes les exactions de l’autoproclamé Guide de la Révolution. S’il tuait, c’était pour assurer sa sécurité et se garantir la loyauté de ses sujets. S’il violait les femmes, c’est qu’elles ne se rendaient pas tout à fait compte qu’il était irrésistible… Toute cette vie de terreur se justifie finalement au regard d’un cerveau sous héroïne, impressionné par sa propre grandeur, grisé par son absolu pouvoir… « Bâtard ou orphelin, je m’étais substitué au destin d’une nation en devenant sa légitimité, son identité. Pour avoir donné naissance à une nouvelle réalité, je n’avais plus rien à envier aux dieux des mythologies ni aux héros de l’Histoire. J’étais digne de n’être que Moi. » On comprend mieux ainsi que le personnage ait pu fasciner ; notamment dans les pays voisins. Mais S’il « décode » Kadhafi, Khadra ne le sauvera pas, ni des mains des rebelles qui vont disloquer son corps le jour suivant, ni aux yeux des lecteurs…

 

H.D.

 

  • Mercredi 18 novembre à 18 heures à l’Armitière à Rouen. Entrée libre