photo Ronan Thenaedey

photo Ronan Thenaedey

Depuis quelques saisons, Jean-Michel Rabeux porte un intérêt particulier aux contes pour enfants. Il a mis en scène Barbe Bleue, Peau d’âne. Cette fois, il s’empare de La Belle au bois dormant de Charles Perrault. On connaît l’histoire : la princesse, très belle, est plongée dans un long sommeil et, seul un prince charmant peut la libérer de ce vilain sortilège grâce à un baiser… Or, elle ne s’arrête pas là. Avec Jean-Michel Rabeux, la mère du prince est une ogresse et cherche à manger ses petits-enfants, Aurore et Crépuscule. Le metteur en scène puise dans la force des contes pour créer des spectacles où se mêlent gravité, joie et humour. La Belle au bois dormant de la Compagnie Jean-Michel Rabeux est présentée mercredi 14 octobre au théâtre de La Foudre à Petit-Quevilly. Interview.

 

Vous mettez en scène votre troisième conte. Qu’aimez-vous dans ce genre littéraire ?

C’est en effet le troisième mais tous mes spectacles sont des contes… Dans ces histoires, la phrase Il était une fois ouvre deux voies qui sont difficiles à concilier. Tout d’abord, les contes abordent des sujets graves, des problèmes familiaux qui concernent tout le monde. D’autre part, les contes traitent de ces thèmes avec délicatesse avec des princes, des fées, des espaces et des temps indéfinis. Les enfants peuvent ainsi s’ouvrir à ces problématiques. Avec les contes, on leur fait peur et ils sont ravis d’avoir peur.

 

Est-ce que l’on vous a raconté des contes lorsque vous étiez enfant ?

Ma grand-mère me racontait les contes de Perrault. Ce qui était amusait c’est qu’elle me racontait des horreurs avec une grande douceur. Dans mes spectacles, je fais attention à ce que ma grand-mère soit là. Et à chaque fois, c’est un happy end. Je m’y applique dans tous les spectacles à cause de la puissance et de la violence de la représentation. Il ne faut pas laisser les enfants devant une violence.

 

Comment confrontez-vous les forces du bien et du mal contenues dans les contes ?

C’est important de les confronter. C’est cathartique. Dans les spectacles, on peut faire couler du sang sans que le sang coule. Aborder les propres troubles des enfants leur permet de devenir plus tolérant.

 

La particularité des contes réside-t-elle dans leur force ?

Les contes sont très puissants. Dans tous, il ne se passe jamais rien. Je n’aime pas lorsque l’on fait semblant, que l’on reste en surface. Les enfants sont profonds. Ils envisagent la mort, le corps… Je respecte ainsi leur imaginaire et leur profondeur.

 

Le rire est toujours présent.

Je fais toujours attention à ce que le rire ait une place importante. Tout ce qui fait hurler de rire en répétition, je le garde. Dans La Belle au bois dormant, la mère dévore un enfant. En fait, c’est un agneau. Après, elle rote et les enfants éclatent de rire. Après la violence subie, on fait une espièglerie.

 

Quel est votre conte préféré ?

J’aime beaucoup La Petite Sirène. C’est l’histoire d’un amour impossible. La Petite Sirène accepte la souffrance, un changement de peau pour l’amour d’un prince. Elle va jusqu’au bout d’elle-même. Elle en perd la vie. L’histoire se termine donc mal. Comme adulte, elle me désespère. Dans la plupart des contes qui sont peu misogynes, les femmes sont puissantes.

 

Pourquoi avez-vous choisi La Belle au bois dormant ?

Ce conte traite d’un thème peu traité. Souvent, on parle de l’abus d’un père. Là, c’est l’abus maternel. Les mères peuvent aussi détruire les enfants par trop ou pas assez d’amour. On n’aborde pas ces sujets-là dans nos sociétés. Dans nos quotidiens, la place de la mère n’est jamais envisagée. Une femme monstre n’existe pas. Les femmes, comme les hommes, sont capables du pire et du meilleur. Dans le conte de Perrault, la mère du prince est une ogresse.

 

 

  • Mercredi 14 octobre à 15 heures et 19 heures au théâtre de La Foudre à Petit-Quevilly.
  • Tarifs : 6 €, 4 €. Réservation au 02 35 03 29 78 ou sur www.cdn-hautenormandie.fr
  • Spectacle tout public à partir de 6 ans