Un homme déroule sa pensée et entre dans la folie. Olivier Werner est un impressionnant docteur Kerjentsev, accusé d’avoir tué son meilleur ami. Seul sur scène, il joue La Pensée samedi 18 et dimanche 19 novembre au CDN de Normandie Rouen pour la clôture du festival Art et Déchirure.

C’est un monologue vertigineux. La Pensée est le discours d’un médecin enfermé dans un hôpital psychiatrique. Kerjentsev prend la parole après avoir fracassé le crâne de son meilleur ami sous les yeux de son épouse dont il est follement amoureux. Un acte effectué par jalousie et par rancœur puisqu’il a eu la ferme intention de faire mal à cette femme aimée. Il écrit huit feuillets à des experts médicaux qui devront se prononcer sur son état, donc statuer sur son sort. Doit-il rester dans un asile ou aller en prison ? Kerjentsev est un homme malin dont le comportement apparaît tout à fait normal avec son discours construit mais révèle des signes de folie.

Olivier Werner est le docteur Kerjentsev. « C’est un personnage forcément attachant parce qu’il connaît une dégringolade. Mais il est une monstruosité. C’est aussi quelqu’un de glaçant, d’intelligent et de paranoïaque. Il veut tout contrôler. Sauf que sa parole le conduit à une surchauffe. Les mots vont trahir sa pensée ».

La Pensée, un texte de Leonid Andreïev (1871-1919) joué les 18 et 19 novembre au CDN de Normandie Rouen, est le récit d’un homme oscillant entre raison et folie. Peut-être celui de son auteur russe, chroniqueur judiciaire, photographe et poète. « Il écrit une fiction sur un médecin — son père a fait des études de médecine — qui tue un ami écrivain. Comme lui. Andreïev s’incarne là dans le bourreau et la victime. Lui qui a fait trois tentatives de suicide explore les limites de sa propre folie », explique Olivier Werner.

Jusqu’au vertige

Premier travail : une nouvelle traduction effectuée avec Galina Michkovitch. « La précédente, trop ampoulée, datait des années 1950. La langue russe est plus directe et plus simple que cela. La langue d’Andreïev est plus organique avec des mots qui reviennent de manière obsessionnelle. On arrive à une sorte de vertige. La pensée produit des phrases qui produisent la pensée. Et ça va de plus en plus vite ».

Pour le comédien, il a fallu mémoriser le texte. « J’ai travaillé de façon artisanale. Je me suis enfermé pendant un mois pour dire et apprendre le texte afin qu’il résonne. Ce fut un travail physique. Kerjentsev est un homme qui ne cesse de parler et passe par différents états. Il a des moments de lâcher prise, puis il ne maîtrise plus rien. Il fait des digressions auxquelles il ne peut pas échapper. Après il reprend le pouvoir de sa pensée. Entre les deux, il y a une grosse différence d’énergie ». La Pensée est une errance dans une conscience et une réelle performance d’Olivier Werner.

 

  • Samedi 18 novembre à 18 heures et dimanche 19 novembre à 16 heures au théâtre des Deux-Rives à Rouen. Tarifs : 14 €, 9 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 70 22 82 ou sur www.cdn-normandierouen.fr
  • Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du dimanche 19 novembre