Thomas Bouvet : « Pour les chanteuses, nous ne sommes pas loin de la performance »

par | 7 janvier 2020 | Opéra

Leur amour est passionnel mais ils seront vite séparés après leur mariage. Orphée et Eurydice sont deux grands personnages de la mythologie qui ont inspiré Christophe Willibald Gluck. Les Miroirs étendus adaptent l’œuvre du compositeur allemand pour créer un opéra intime mis en scène par Thomas Bouvet. La représentation d’Orphée et Eurydice a lieu jeudi 9 janvier au Rive gauche à Saint-Étienne-du-Rouvray. Entretien avec Thomas Bouvet.

Comment avez-vous travaillé avec le compositeur, Othman Louati ?

Nous nous sommes vus une première fois, avec Romain Louveau, il y a un an et demi pendant une résidence d’une semaine. Nous avons discuté de l’œuvre, des atmosphères… Très vite, nous nous sommes mis d’accord sur un point : les interprètes seront uniquement des chanteuses. Orphée est donc une femme. Quand nous avons écouté des chanteurs reprenant ce rôle, il y a le plus souvent un certain volontarisme qui en contradiction avec la douleur et l’abattement que vit le personnage. Cela a été un choix unanime. Pendant cette semaine, nous avons aussi identifié les instruments. Très vite également, il a été décidé d’intégrer une guitare électrique. Après avoir posé les bases, chacun est reparti travailler dans son coin.

Qu’avez-vous souhaité modifier dans cette œuvre ?

J’ai souhaité retarder l’arrivée d’Eurydice, prolonger ce chemin qu’emprunte Orphée pour la rejoindre. J’avais envie de faire durer cette solitude, ce désir afin que la rencontre entre Orphée et Eurydice apparaisse de manière vive.

Qu’avez-vous demandé aux chanteuses ?

Le travail est toujours en cours. Nous avons travaillé sur ce chemin que traverse Orphée vers Eurydice, comme pour n’importe quel amour. C’est un désir qui dépasse le genre. Il y a un profond désir de retrouver l’être aimé et le sauver. Cela se traduit par une grande immobilité et une verticalité du chant. L’abattement est dans le chant, dans le corps. Il y a quelque chose d’une grande tenue, d’une rigueur. Au début, Eurydice ne doit pas revenir, elle est morte. Gluck fait intervenir Amour. Ce qui rebat les cartes et remplit d’espoir. J’ai demandé aux chanteuses de jouer les situations au moment où elles se jouent. On va ainsi d’instants sombres à d’autres plus lumineux.

Est-ce simple de chanter tout en étant immobile ?

Pour les chanteuses, nous ne sommes pas loin de la performance. Elles sont là tout au long de la pièce. Elles ne sortent jamais du plateau. L’immobilité demande un effort physique très important. C’est très difficile surtout quand une œuvre possède une telle intensité et nécessite une telle concentration. Elles ne peuvent jamais lâcher.

Comment faites-vous traverser les différents espaces à Orphée ?

Cela a été aussi tout l’intérêt de l’adaptation. Il a fallu faire exister des changements d’espaces par des moyens plastiques, comme la lumière, la fumée, des champs de fleurs que nous avons construits, de la vidéo qui a été très utile pour la figure de l’Amour. Souvent, il est un lutin effectuant des sauts de biche. C’est, pour moi, une vision de l’amour trop naÏve. J’avais envie de faire exister ce personnage dans quelque chose de vertical. Il est semblable à un spectre et mesure 3 mètres de haut

Quelle est la place du chœur ?

Les partitions du chœur sont sublimes, même redoutables de beauté en terme d’écriture et d’intensité, de sensibilité. Elles portent le deuil, l’espoir, le désir de la retrouvaille, les sentiments qui sont en nous. Le chœur fait le lien avec le spectateur. En fait, il lui rappelle ce qu’il doit ressentir. On ne le voit pas tout le temps mais il est là.

Orphée et Eurydice

C’est un des mythes les plus connus. Peu après leur union, Orphée, poète et musicien, et Eurydice sont séparés. Mordue par un serpent, la belle meurt et est emportée aux enfers. Orphée pleure sa bien-aimée. Touchés par cette profonde souffrance, les dieux lui accordent l’autorisation d’aller la rechercher. Mais ils émettent une condition : il lui est interdit de regarder Eurydice jusqu’à leur sortie du monde des ténèbres. Ce qui va créer un malentendu entre les deux amoureux. Alors Orphée va se retourner vers Eurydice qui va tomber aux enfers pour toujours. Heureusement l’Amour les réunira. Les Miroirs étendus, dirigés par Romain Louveau, qui ont fait de l’adaptation leur ADN portent un regard sur la partition de Christoph Willibald Gluck (1714-1787). Othman Louati a adapté cet Orphée et Eurydice pour huit instrumentistes, trois chanteuses, Fiona McGown, Mariamielle Lamagat et Agathe Peyrat, et un chœur à quatre voix.

Infos pratiques

  • Jeudi 9 janvier à 20h30 au Rive gauche à Saint-Étienne-du-Rouvray.
  • Tarifs : de 26 à 13 €. Pour les étudiants : carte Culture.
  • Réservation au 02 35 98 74 78 ou sur www.operaderouen.fr

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